MESSAN : PROLOGUE - Partie 1/4



PROLOGUE – Victor Messan

« Il y a dans le ciel des chemins et des astres qui dissimulent des codes, des avenirs potentiels et des lignes qui se dévoilent. »


Un présent...


Victor arriva dans la pièce sombre où les soldats s'entrainaient et saisit furieusement une barre de fer sur le tableau des armes. Ignorant les regards qui se posèrent sur lui, ces hommes et ces femmes s'écartèrent et le laissèrent frapper de toutes ses forces contre un poteau.

— C'est terminé ! Comment voulez-vous qu'on survive ? hurla-t-il.

Il avait tant de colère en lui qu'il ne savait plus comment l'évacuer. S'il était vraiment l'homme de la situation, il aurait su comment parer la prochaine attaque, mais la vérité était qu'il avait été pris de court. Les humains avaient mis tellement d'années pour acheminer les minerais stockés dans des bases souterraines disséminées dans plusieurs pays qu'ils commençaient à peine à créer les armes.

— Messan ! le secoua quelques secondes la voix du commandant de la base.

Il resserra ses poings autour de l'objet et frappa furieusement de nouveau, encore et encore.

— Non ! répondit-il les sanglots d'abandons coincés dans la gorge. C'est terminé !

Chaque coup ne fit qu'augmenter sa hargne contre ceux qui avaient donné naissance à ces satanés androïdes. Il avait voulu croire que c'était humain de vouloir perpétuellement créer des choses, mais l'avidité d'en vouloir toujours plus semblait aller de paire ! Le pouvoir était une ruse qui savait rendre les hommes aveugle. À cause de ça, personne n'avait pu prévoir la chute inexorable de leur race.

Quelques jours plus tôt, il s'était entretenu avec le lieutenant Caroline Callins, la fille de Gabriel, l'un de ses vieux amis. Elle lui avait appris que les androïdes avaient réussi à connaître l'emplacement de « l'humain à abattre » et qu'ils allaient arriver dans un mois.

Recherché pour avoir réussi à créer une arme qui les désactiverait pour toujours, il était devenu leur cible prioritaire, faisant de sa base un endroit dangereux. Ces êtres faits de métaux martiens étaient peut-être parvenus à survivre des décennies durant, mais Victor avait après une vie de recherches trouvé leur point faible.

— Messan !

Les traits de son visage se tendirent quand une main se posa sur son épaule et, les muscles crispés par les pressions qu'il mettait sur la barre, Victor dévisagea d'un regard menaçant le commandant.

— Non ! Tout est terminé ! Que tout le monde fasse ses adieux ! hurla-t-il le souffle empreint d'une effroyable folie.

— Victor ! Arrête ! lui ordonna son supérieur.

— Ils arrivent à nos portes et toi ! Toi, tu crois que l'impossible va se réaliser ! Mais réveille-toi Benoît ! On s'est donné le pouvoir d'y croire, mais c'est faux ! On devrait leur facilité la tâche ! Et cesser de se défendre...

Le son d'un claquement résonna entre les murs de la salle d'entrainement où le silence régnait et semblait être supervisé par les regards indécis des soldats.

Stoïque par le geste de son ami, une lueur de lucidité le ramena subitement au présent, mettant de côtés ses pensées les plus sombres. Les hommes et les femmes qui le fixaient à cette seconde avec une foi inébranlable ne le jugeaient pas, mais le désespoir planait au-dessus de leur tête.

— Je suis désolé, lâcha-t-il en même temps que la barre de fer claqua bruyamment le sol. Ça ne change rien. C'est terminé.

Immobile et le visage levé, le grand miroir situé derrière le commandant lui renvoya son reflet. Ses cheveux bruns d'une longueur déraisonnable tombaient raides sur ses épaules. Ses yeux bleus, ternis par la peur et ses pertes, semblaient dénués de vie.

Victor, 63 ans et qui paraissait en avoir une quarantaine, était né au milieu d'une guerre où le monde était déjà plongé dans un chaos. Enfant, il avait voulu croire en quelque chose de plus grand que lui et lorsqu'il fut en âge de se jeter corps et âme dans ses recherches, il s'était promis de tout faire pour protéger les siens.

À la mort de Valérie, sa femme et d'Éric, son fils aîné, sa foi en l'humanité avait failli se perdre dans les méandres d'un désespoir sans nom.

Le temps.

C'était ce qui lui manquait pour finaliser son portail...

Alors, pourquoi tenter l'impossible quand la vie ne leur apportait que peu de répit ?

Et puis, en définitif, la race humaine méritait-elle vraiment d'être sauvée ?

Victor ferma ses paupières et repensa à l'homme qui avait posé le premier pied sur Mars : Paul Ténara.

***

Tout avait commencé en décembre 2186 quand celui-ci et son équipage avaient eu le privilège de faire les premiers pas sur la planète Mars. Une de ses équipes d'astronomes chercheurs était tombée sur un site contenant plusieurs gisements d'un minerai inconnu, nommé par la suite « le nanonium ». Les hommes, attirés par cette découverte, avaient décidé d'établir une cité terrienne protégée d'un dôme.

La colonie avait demandé une génération pour la finaliser et la rendre opérationnelle, car au moment de cette découverte, la Terre avait déjà commencé à manquer de ressources. Les populations n'avaient pas cessé d'augmenter et les denrées étaient devenues de plus en plus coûteuses, engendrant des famines et des guerres civiles à travers plusieurs pays en voie de développements.

Pour les autres, les hommes avaient vu en Mars la possibilité de faire un bond en avant avec la technologie qui, malheureusement, était au point mort depuis des années. Alors dès que la base martienne avait été terminée, elle avait pu accueillir un nombre suffisant d'hommes venant de plusieurs pays composé de militaires, de scientifiques et de mineurs.

Les hommes étaient si enthousiastes et si empressés d'utiliser le minerai qu'ils n'avaient pas au préalable pris le soin de faire toutes les études nécessaires dessus. Le nanonium était une matière complexe et ne ressemblait à aucun métal connu sur Terre. Les scientifiques militaires, avides de connaissances et de pouvoirs, avaient non seulement sautés des étapes, mais ils s'en étaient servis pour créer des choses qui allaient se retourner contre eux : des androïdes.

Ces machines avaient un temps extrait le minerai plus efficacement que les mineurs, mais à trop en vouloir davantage, les scientifiques avaient fini par commettre une erreur en leur offrant une intelligence artificielle. Sur Terre, il n'y avait jamais eu de problèmes et surtout, les robots n'étaient pas faits à base de nanonium. Elle venait de là la différence, car ces androïdes avaient décidé d'exterminer toutes les espèces terriennes.

Leur but : se réapproprier le minerai que les humains avaient envoyé sur leur planète.

Leur première offensive avait été déclarée en 2234 après qu'elles aient anéanti la colonie.

Certains disaient que le début de la descente aux enfers de la race humaine avait commencé le jour où Paul Ténara avait mis un pied sur Mars et seule une poignée d'entre eux avait, plus tard, pensé que cela n'avait pas été le fruit d'un hasard, mais celui d'une présélection.

Victor se dirigeait vers son laboratoire et avait refusé de discuter avec le commandant Mayet.

— Allez-vous essayer d'activer le portail ? le questionna un jeune médecin qu'il bouscula sans s'excuser.

Il ne le regarda pas tout en l'ignorant. Victor arrivait à un moment de sa vie où il commençait sérieusement à douter de ses capacités. Pourquoi certains lui donnaient-ils autant de crédits ? Ridiculisé pour ses travaux dans sa jeunesse, cela ne l'avait pas empêché de les poursuivre et de croire que tout était possible, mais aujourd'hui, il regrettait amèrement d'y avoir donné autant d'importance.

Leur position étant compromise à cause de sa présence, la base devait se préparer à se défendre, car il était trop tard pour fuir. Un mois n'était pas suffisant. Une fois qu'ils étaient localisés, les androïdes ne perdaient pas leur cible. Si les personnes de cet endroit tentaient de rejoindre une autre base, elles les mettraient aussi en danger.

De plus, les scientifiques de la Base de l'union Terrienne commençaient juste à produire les armes en masse. Leurs atouts étaient basés sur le minerai trouvé sur Mars, le même qui était à l'origine de la carlingue des corps de leur ennemi.

« Que tous les civils se préparent à traverser le portail temporel dans trente jours ! » La voix du commandant Mayet dans les haut-parleurs le rappela à l'ordre comme si demain la Terre allait disparaître.

Victor augmenta la cadence de ses pas et s'enferma dans son laboratoire. Il y avait passé des années à concevoir ses travaux et maintenant, était-il toujours celui qui sauverait les hommes ? Il s'adossa à la porte et rit nerveusement. Tout ça n'était que des conneries !

— Qu'est-ce qui vous fait rire ? lui demanda la voix du médecin qu'il avait croisé dans le couloir.

— Je te répondrai que ça ne te regarde pas et puis, comment as-tu fait pour être aussi rapide ? Et qu'est-ce que c'est que cet accoutrement ?

Il s'étonna de le voir porter une veste longue en cuir marron remonté d'une large capuche qui dissimulait son regard. Son cerveau eut du mal à comprendre la façon dont celui-ci était parvenu avant lui dans ce lieu.

— Victor, je vous connais. C'est humain de se perdre dans la colère...

— Qu'est-ce que tu en sais, petit ? s'emporta-t-il contrarié de voir que tant de monde comptait sur lui. Tu crois qu'il te suffit d'être médecin pour savoir lire en moi ! Tu te trompes !

— Vous savez, le coupa le jeune homme en faisant quelques pas tout en ôtant sa capuche, je suis devenu médecin pour sauver des vies...

Victor resta bouche-bée en découvrant son visage. Le jeune médecin paraissait plus mature que celui qu'il venait de croiser et quelle était la signification du « M » étrangement brodé sur l'emplacement du cœur.

— Qui êtes-vous ? le questionna-t-il la voix tremblante.

— Je suis là pour comprendre ce qui justifie ma présence.

— C'est-à-dire ?

— Il y a eu une brèche temporelle à mon époque. Le temps s'est stagné comme si une décision du passé était sur le point d'être modifiée.

— Je vois, murmura-t-il dans un souffle. J'imagine que le moi du futur a dû réalisé que tout ça était peine perdu.

— Non, lui répondit-il en secouant la tête.

— Non, quoi ? Tu vas me dire que ça vaut le coup de sauver la race humaine ? As-tu la moindre idée de ce que nous sommes capables ? C'est à cause de nous que tout a commencé !

— Je sais que l'homme n'est pas parfait et qu'il est capable de bontés comme de méchancetés. Et c'est l'humanité que nous détenons que je veux sauver.

— Alors tu ne sais pas ce que c'est que de perdre...

— Je ne vous savais pas aussi fragile, Victor ! l'interrompit-il violemment.

— Je ne le suis pas ! s'écria-t-il en haussant le ton à son tour. Je suis réaliste ! Et quand on l'est, on s'aperçois trop tard que c'est fini avant même d'avoir pu tenter quoi que ce soit !

Victor sentait sa colère revenir. Il n'était pas un espoir, mais un échec. Leur civilisation ne devait pas survivre. Pas après leurs erreurs.

— Je vous ai toujours vu comme un homme respectueux, reprit le médecin. Discret, parfois secret, mais aujourd'hui, en vous regardant, je vois combien je vous ai ressemblé. J'étais comme vous... mais ça, vous le savez déjà...

Victor ferma quelques secondes ses yeux et refoula d'anciennes visions qui le faisaient atrocement souffrir. Il leva une main pour que son interlocuteur se taise, or celui-ci poursuivit :

— Ce que vous êtes parvenu à créer Victor est devenu un don exceptionnel. Pourquoi avez-vous décidé de lui tourner le dos ?

— Si j'ouvre le portail ? Combien d'hommes vais-je sauver ? Une poignée ? maugréa-t-il sur un ton sarcastique. Parce que jusqu'ici, nous n'avons rien fait d'objectif pour notre survie ! Ça ne sert à rien !

— Mais vous avez tenu votre promesse...

— Quelle promesse ?

— Ami pour l'éternité.


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