MESSAN : PROLOGUE - Part 3/4


Pour se construire un futur


Depuis le levé du jour, Benoît attendait le soutient aérien de la base de L'Union Terrienne dissimulée sur l'ancienne Russie. Elle était devenue la plus importante depuis plus d'un siècle. Territoire décimé au tout début de la guerre, les survivants étaient parvenus à cacher des milliers d'hommes.

Benoît, les yeux braqués vers le ciel, observait depuis un moment des chasseurs volés au-dessus de leur base souterraine. Cela faisait longtemps qu'il n'avait plus entendu pareil vacarme. L'espoir qui l'avait tenu debout des années semblait s'éteindre au fur et à mesure que ses voltigeurs se faisaient abattre les uns après les autres.

Il balaya les alentours d'un regard navrant. Les derniers vestiges de la ville se recouvrirent d'une pluie de feu, accompagnée de débris des chasseurs dans un bruit aigus et explosif. Était-ce leur fin ? Pour une erreur commise des siècles plus tôt, des hommes et des femmes s'étaient vaillamment battue pour leur survie.

Benoît, la mâchoire serrée et le cœur palpitant de peur, se ressaisit. « Victor ! » hurla-t-il dans son oreillette. « Activation du portail ! »

« C'est lancé depuis le début des hostilités mon ami » lui répondit immédiatement celui-ci, mais sa voix était étrangement calme comme si Victor avait abandonné toute idée de vivre ou était-ce dû au fait qu'ils aient passé leurs dernières nuits ensemble ?

Benoît ordonna aux derniers civils de se présenter rapidement au laboratoire avec le stricte nécessaire. Le plan de secours ayant été longtemps prévu à l'avance, chacun avait un bracelet encodé qui leur permettrait une mise à jour dans les systèmes d'autrefois.

Le portail temporel de Victor étant instable, tout le monde le savait et était conscient du risque qu'il encourait. Mais si cela leur permettait une chance de survivre, il l'acceptait tous.

« Commandant ! Regardez qui vient nous aider ! » s'écria la voix d'un de ses voltigeurs après une dizaine de minutes de silence. Benoît leva son visage et écarquilla ses yeux : un soutien aérien venait d'abattre d'une nouvelle arme leur ennemi.

— Ils ont réussi, marmonna-t-il en respirant de soulagement.

« Messan ! » l'appela-t-il tout en pénétrant dans l'entrée qu'il surveillait avec quelques soldats. « Victor ! » insista-t-il. Pas de réponse. Les battements de son cœur s'accélérèrent de frayeur à l'idée que son ami ne soit déjà mort.

Commandant de la base de Clermont-Ferrand, il avait veillé sur un groupe composé de chercheurs, de soldats et de civils. Pendant plus d'une trentaine d'années, la communauté était restée à l'écart des radars des androïdes martiens et ce fut bien plus que ce qu'avait espéré son ami Victor.

« Commandant ! cria l'un de ses hommes. Deux androïdes ont atteint le secteur du laboratoire ! »

Benoît ne répondit pas. Sa plus grande peur était en train de se produire. Victor ne pouvait pas mourir aujourd'hui ! Courant à travers les couloirs éclairés, sa poitrine se comprima au fur et à mesure qu'il s'approcha du lieu. Il glissa et tomba plusieurs fois. Les deux androïdes avaient dû emprunter une partie de ce chemin, des corps démembrés et des flaques écarlates s'étendaient sur toute la surface.


Soudain, des cris inattendus, loin de ressembler à des plaintes, résonnèrent jusqu'à ses oreilles. « Oh mon Dieu ! Commandant ! Les ferrailles se replient ! »

Il arriva au détour d'un couloir et ses pieds patinèrent à nouveaux lorsque ses yeux se posèrent sur l'une de ces machines. Celle-ci braqua immédiatement un canon dans sa direction et il sut en tombant sur les fesses que c'était trop tard : il allait mourir.

Les secondes parurent devenir des minutes. Sa respiration se saccada au rythme de ses battements de cœur puis, sortie de nulle part, une voix familière hurla à ses côtés en même temps qu'une lumière bleutée enveloppa l'androïde qui se désactiva instantanément.

— Commandant ! Commandant Mayet !

L'homme portait la tenue foncée des soldats d'élite de l'Union Terrienne. Celui-ci l'aida à se relever et Benoît le regarda ôter son casque à écran.

— Gabriel, murmura-t-il heureux de revoir son ami.

— Capitaine Callins à ton service ! Pendant que mon escadron termine avec les androïdes à l'extérieur, va retrouver notre petit génie, je m'occupe du reste.

— Merci Gabriel !

— Amis pour l'éternité ! lui cria son ami pendant qu'il partait rejoindre Victor.

Mais, en franchissant la porte du laboratoire, ses lèvres se déformèrent subitement de colère et de déception.

— Non ! Non ! Non ! hurla-t-il en rejoignant son ami allongé sur le sol. Vic ?

Son regard s'accrocha aux yeux bleus de celui-ci, évitant de voir ce qui restait du corps. Sa vue se brouilla et des larmes coulèrent le long de ses joues.

— Tu entends ces cris, pleura-t-il en prenant le buste de Victor. C'est grâce à toi, tes armes fonctionnent. Ils ont réussis.

— Benoît... murmura Victor.

Le commandant l'écarta un peu de lui et son ami posa une main sur sa nuque. Ce geste le propulsa dans une bulle télépathique où les secondes pouvaient devenir des minutes. Le paysage lui révéla la pièce où, enfant, Benoît et ses amis avaient aimé créer leur monde. Dans cet univers virtuel et mémoriel, Victor se tenait devant lui, un sourire sur les lèvres.

— Je ne peux pas maintenir cette télépathie très longtemps, lui confia son ami. Prends ce que je tiens dans ma main, tu comprendras certaines choses.

— Non ! s'insurgea-t-il. Tu vas mourir !

— Oui et, lui dit-il en grimaçant, je t'assure que je ne l'ai pas vu venir celle-là.

Comment Victor pouvait-il en rire ? Benoît secoua la tête comme si le destin se moquait de lui.

— Je t'en prie, pas d'humour, marmonna-t-il la voix emplie de tristesse.

Victor avait les jambes coupées et son corps baignait sur une mare de sang. Benoît regretta de n'être pas resté cette journée près de lui, mais il était commandant. Il ne pouvait pas privilégier une personne, même s'il l'aimait de tout son cœur.

— J'ai détruit tous mes travaux, lui confia Victor. Même le sérum qui a permis de soigner ton fils.

— Je ne comprends pas ce que tu essaies de me dire.

— Je ne t'ai pas tout raconté, c'est pourquoi j'ai tout laissé sur l'holographie. Tu ne pourras le visionner qu'une seule fois. Fais-le avec les autres.

— Bien, lâcha-t-il une pointe de déception dans la voix. Tu n'avais pas assez confiance en moi pour tout me dire ?

— Non, Benoît. J'avais besoin de toi pour connaître certaines choses et nous sommes loin d'avoir gagné notre liberté.

Benoît qui voulut rétorquer se retrouva expulser de la bulle télépathique de Victor qui était en train de partir.

— Ben, prends-le, lui chuchota péniblement son ami en levant seulement sa main droite. Ton fils va arriver. Il doit me voir mourir.

— Quoi ? balbutia-t-il en effaçant ses larmes. Tu me demandes l'impossible, je ne peux pas laisser Cyril...

— Il le doit. Sinon, il ne deviendra jamais l'homme que j'ai vu. Tout de suite ! tenta de lui hurler Victor qui cracha du sang de sa bouche.

Benoît, terrifié de le perdre, accepta douloureusement de le laisser derrière lui.

— Je dois t'avouer un truc Vic...

— Je sais Ben...

— Je t'aime...

Victor ne put lui répondre, la gorge prise par le sang qui s'en échappait, mais son regard en dit long sur ses sentiments. Il brillait d'une étincelle d'amour que seul le lien sensitif était capable de lui offrir.

Benoît prit le petit cône métallique de la main de son ami, déposa un baiser sur son front et s'en alla à l'opposé des pas qui frappaient lourdement le sol. Dissimulé derrière l'angle du couloir, il ferma ses yeux lorsque la voix de Cyril hurla à en déchirer son cœur de père.


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