MESSAN : PROLOGUE - Part 2/4


A besoin d'un passé



2314 – Base de Vichy : Messan, un espoir pour tous

Cinq petits garçons contemplaient depuis plusieurs minutes les images d'un vieil hologramme. Au milieu des décombres de ce qui avaient été une gare, ils vivaient sous terre à cause des attaques incessantes des androïdes martiens. Ils étaient nés durant la guerre sans avoir passé une journée dehors. Ils ne savaient pas vraiment ce qu'étaient de vivre à l'air libre. Ils ne voyaient le que lorsque la base devait migrer ailleurs, chose qui n'était plus arrivé depuis plusieurs années et la seule source de chaleur qu'ils connaissaient était les bras de leurs mères.

Ils étaient dans une petite pièce où ils dormaient ensemble. Ils n'étaient pas nombreux à faire partie de la même génération alors, comme des frères de sang, ils veillaient les uns sur les autres. Vêtus tous d'habits bleu foncé, ces enfants étaient les futurs combattants de demain.

Victor, âgé de huit ans, entendait souvent les adultes s'apitoyer sur leurs sorts. Pourtant son père, le commandant Fabien Messan, lui répétait d'avoir la foi et de croire en un avenir bien meilleur. Il essayait d'imaginer une Terre aussi belle que sur les vieilles holographies mais, de temps en temps, il avait peur. Peur pour les siens... Et si, la race humaine était vouée à s'éteindre ?

— Benoît, murmura-t-il en plantant ses yeux bleus sur son meilleur ami, tu crois qu'un jour, on pourra aller dehors ?

C'était une question idiote, il le savait.

— Vic, répondit son ami, tout ce que papa me dit, c'est qu'il faut continuer à se battre.

Benoît Mayet, fils d'un lieutenant de la base, était celui auprès duquel il avait passé le plus de temps ici.

— Ouais mais, coupa un blondinet aux cheveux courts, toi ? Tu y crois ?

— Evan, reprit Benoît, je voudrais bien mais...

— Moi, intervint un autre garçon aux cheveux châtain foncé, je suis certain qu'on y arrivera !

— Gabriel, marmonna Victor, comment fais-tu pour garder autant de foi alors que nous, on a peur ?

— Parce que c'est un rêveur ! s'amusa le plus grand du groupe.

— George ! s'outra le désigné, je suis sûr que mon rêve de voir la paix se réalisera !

Victor les adorait tellement qu'il ne voudrait jamais les perdre. Grâce à Evan Berthal, ce dernier lui offrait sans arrêt des holographies qui lui donnaient envie d'apprendre les sciences. Il aimait passer son temps libre à en discuter avec son ami.

Il était peut-être jeune mais les hommes faisaient tout pour que chacun trouve un jour leur place. Lui, il désirait connaitre la faiblesse des ferrailles martiennes car jusqu'à aujourd'hui, personne n'avait encore rien trouvé.

Il posa son regard sur le plus jeune : Gabriel Callins. À sept ans, il était inexorablement le plus rêveur des cinq. Il avait une force que Victor n'arrivait pas à acquérir et il l'enviait pour cela. Pourtant, le benjamin avouait que, parfois, les adultes lui fichaient la trouille quand ils hurlaient au massacre... Il n'avait pas tort. Les hommes semblaient attendre beaucoup de la nouvelle génération et c'était George, le plus âgé du groupe qui leur rappelait sans cesse qu'un jour, peut-être, ils seraient tous amené à se séparer pour protéger les survivants.

— Hé les gars ? murmura Gabriel qui le fixa avec des yeux emplis d'étoiles.

— Oui ? répondirent-ils tous en cœur.

— Et si on se faisait la promesse que quoi qui puisse nous arriver, on sera toujours amis ?

— Amis pour l'éternité ? murmura Victor qui fit sourire ses camarades.

— Oui, amis pour l'éternité, répondit Evan d'un air entendu, même si on est vieux, con et séparé des uns et des autres...

— Okay, pour moi ! chuchota George en tendant une main au centre du cercle que formait leurs corps.

— Amis pour la vie ! s'exclama Benoît en posant la sienne sur celle du plus grand.

Ce n'était pas grand-chose, mais pour Victor, cette grande amitié était ce qui allait sauver les hommes. Sa main posée sur celles de ses amis, son cœur palpitait de joie parce que, tout cela, tout ce qu'il vivait auprès d'eux, personne ne pourrait le lui voler.

C'était à travers le regard de ses meilleurs amis qu'il comprenait enfin comment Gabriel puisait autant de force et de volonté. Le lien qui les unissait semblait prendre une importance capitale. Ils étaient l'avenir. Ils représentaient l'espoir. Victor sourit et serra ses doigts autour de ces mains amicales.

Son père avait sûrement raison. Fabien Messan lui avait un jour raconté qu'un étranger avait posé une main sur son front lorsqu'il n'était encore qu'un bébé. Cet être lui aurait murmuré comme un secret : « Il y a dans le ciel des chemins, des astres qui dissimulent des codes, des avenirs potentiels qui se dévoilent et qui s'entrecroisent parce que les choix ne sont jamais définitifs. Il y a des destinées qui ne viendront que de votre propre lignée. »

Alors, oui, il souhaitait de tout son cœur faire partie de cette grande famille... de celle qui aurait véritablement des choses à accomplir. Ce soir-là, Victor, endormi entre Benoît et Gabriel, souriait en rêvant qu'un jour, ils feraient tous partie de l'histoire...

Quel que soit cet étranger, il avait compris en écoutant la voix vibrante de son père que ce n'était pas... un être humain.

***

— Nous n'étions que des gosses, grogna Victor en repensant à ce jour.

— Mais cette promesse est bien plus que des mots. Alors pourquoi abandonnez-vous ?

Victor craignait que tous les espoirs qui reposaient sur ses épaules ne soient qu'un simple rêve.

— J'ai peur, avoua-t-il enfin. Peur de ne pas réussir là où d'autres ont échoué.

— Messan !

Il frissonna à la manière dont le médecin du futur prononça son nom. L'intonation ébranla l'enfant qu'il avait été autrefois.

— Vous avez réussi à retourner leur propre source de vie contre eux ! continua le jeune homme. Ne pensez-vous pas que vous vous sous-estimez ?

— La bonne blague, chuchota-il le cœur serré.

— Messan, vos visions...

— M'indiquent nos pertes ! Mes pertes !

— Des pertes Utiles, certes, mais c'est ce qui va nous aider ! Et avant d'en dire plus, je connais ce poids, ce n'est pas vous qui allez me l'apprendre !

— Alors je préfèrerai détruire le portail !

Victor hurla ses mots tout en se dirigeant vers sa création dans l'intention d'y arracher des fils, mais il fut subitement bloqué par une barrière invisible.

— Qu'est-ce que... marmonna-t-il en pivotant vers le jeune homme.

— Comme me l'a dit un homme sage, les sacrifices sont une preuve que l'humanité vaut la peine d'être sauvé ! Vous y serez pour quelque chose, car vous êtes important ! Pour eux, vous devez poursuivre votre destiné et honorer leurs mémoires.

— Tu n'es pas celui que je connais ! Qui es-tu réellement ?

La couleur des yeux du jeune homme s'intensifia jusqu'à ressortir la tâche émeraude de son œil droit. « J'étais comme vous... mais ça, vous le savez déjà... » Ces mots revinrent dans sa mémoire et Victor comprit ce qu'il avait voulu lui dire.

— Tu sais qui je suis par rapport à toi ? demanda-t-il la gorge nouée.

— Je suis là en tant que Messan, le messager porteur d'espoir.

Victor, le cœur battant, grimaça d'incompréhension devant la signification de son nom de famille. Etrangement, son interlocuteur parut aussi étonné de sa réaction.

— Oh mon Dieu, émit celui-ci d'une voix qui parvint à briser une fibre à l'intérieur de lui, vous ne saviez pas ? Votre père ne vous l'a jamais dit ?

— Dit quoi ?

— Victor. Messan n'a jamais été un nom de famille, mais un statut.

— Je ne comprends pas ? bafouilla-t-il devant cette révélation.

— Il a été donné à votre père quelques mois après votre naissance, votre vrai nom est Estier.

— Pourquoi ne m'a-t-il rien dit ?

— Je suis au bon endroit, marmonna le médecin pour lui-même. Parce que, si vous ne le saviez pas, vous ne me l'auriez jamais avoué dans le futur... ce qui veut dire que nous avons déjà eu cette conversation... ou pas...

Victor essayait de mettre de l'ordre dans sa tête et ne saisissait pas l'importance de porter « Messan » au lieu de « Estier ».

— Attends ! Je suis perdu ! Alors tu es...

— Un Messan, le messager porteur d'espoir.

Victor plissa brusquement ses paupières quand le jeune homme cala une main sur sa nuque. De vieilles visions refirent surface et, comme un éclair avant la tempête, il fut submergé par la souffrance de tout ce qu'il voulait ni voir et ni ressentir.

Il parvint à s'éloigner de son emprise, la respiration saccadée.

— Vos visions ont toujours eu une longueur d'avance, l'informa le jeune homme. Elles font parties de vous.

— Mais j'ai vu mes amis mourir ! s'écria-t-il en souvenant de la mort de chacun d'eux.

— Les pertes sont inévitables.

— Non, dit-il en secouant la tête.

— Je crois que j'ai fait ce qu'il fallait, lui chuchota-t-il tout en levant les yeux vers le plafond comme s'il entendait une voix.

— J'ai besoin d'en savoir plus ! le supplia-t-il subitement, refusant de le voir partir.

— Utilisez la télépathie sensitive.

Un sixième sens que les humains avaient acquis avant que la guerre n'éclate et qui semblait être leur seul moyen de communication. Les couples amoureux avaient la possibilité de se voir dans une bulle télépathique et d'échanger sans être surpris par les androïdes. Il n'y avait ni trace d'émetteur et ni d'onde. Pas de source. Pas de destination. Tout se faisait sur un autre plan que les hommes n'étaient pas encore capables de comprendre.

— Tu sais comment elle marche, répondit Victor avec véhémence. Je ne peux plus le faire depuis que j'ai perdu ma femme.

Le jeune homme lui prit le bras droit et remonta sa manche pour qu'il fixe son poignet.

— Mais le sérum qui coule dans vos veines est la clé.

— Je ne peux pas...

— Tournez-vous vers l'avenir et voyez au-delà de vos visions. Maintenant, je vous en ai trop dit.

— Non...

— Je suis devenu le Messan grâce à toi, j'ai fait mon devoir en tant que tel... mais en tant que...

Son visiteur se tut et Victor sentit l'émotion s'emparer de ce dernier.

— J'ai envie de te dire merci pour tout ce que tu as fait pour moi, reprit le jeune homme d'une voix tremblante. Et si je suis là aujourd'hui, c'est un peu un rêve qui se réalise...

Victor, le cœur palpitant, fut incapable de retenir ses larmes. L'emploi du tutoiement lui enserra la poitrine comme s'il pouvait, pendant quelques secondes, devenir l'homme qu'il n'avait jamais pu être pour lui.

— Si tu as besoin de plus, continua le médecin. Va voir Caroline.

— Le lieutenant Callins, pourquoi ?

— Elle sait des choses qui, peut-être, donneront un sens supplémentaire à tes décisions et à ta vie.

— Mais tes pouvoirs ? le questionna-t-il avant qu'il ne quitte son laboratoire. Viennent-ils de la télépathie sensitive ?

— Non, mais je peux te confirmer une chose, tes amis et toi êtes les piliers de notre histoire parce que nous ne sommes pas seuls dans l'univers.

Le jeune homme s'approcha de lui et déposa un baiser sur son front.

— Quand tu la verras, dis-lui ceci « Il y a dans le ciel des chemins et des astres qui dissimulent des codes, des avenirs potentiels et des lignes qui se dévoilent. Nous serons bientôt à vos côtés »

— Qu'est-ce que...

— La fin du message.

— Je...

— Fais le bon choix. Ouvre le portail. Suis tes visions. Au revoir.

Le médecin remit sa capuche et disparut de la pièce comme un fantôme.

Deux semaines plus tard, Victor avait soigneusement évité le commandant Mayet. Il était encore bouleversé par son étrange visite et hésitait à activer son portail temporel. Il n'y avait pas du tout travaillé. À ses yeux, les révélations du médecin n'étaient qu'une petite goutte dans un océan. Ses visions n'avaient pas changé. Le sang et les corps entassés par millier l'écœuraient.

La race humaine était seule fautive de son destin. La Terre mourrait à cause de leurs erreurs et, malgré leurs foyers souterrains qui respiraient la technologie actuelle, cela ne durerait pas. Il n'y avait aucune échappatoire. La mort des hommes devaient prendre fins avec cette génération.

***

Il tressaillit quand la porte s'ouvrit sur le lieutenant Callins. Caroline semblait porter dans son regard la même lueur d'espoir que Victor avait vu des milliers de fois dans celui de Gabriel, son ami et père de cette femme.

Cette famille avait décidément quelque chose qui lui échappait, mais il refusait de la questionner comme s'il sentait un lien inexplicable les unissait.

— Lieutenant Callins, que me vaut votre visite ? Des nouvelles de votre père ?

— Messan, mon grade n'a aucune importance. Je dois vous parler.

Victor recula d'un pas et détourna subitement ses yeux. Caroline qui était une belle femme venait d'ôter sa veste et son T-shirt d'un seul mouvement.

— Rhabillez-vous, je...

— Victor, regardez !

— Non, bredouilla-t-il perplexe par ce revirement de situation. Vous êtes la fille de mon meilleur ami et...

— Et moi, je suis mariée à James Destrino, alors regardez s'il vous plaît !

— Non, rhabillez-vous avant que quelqu'un n'entre.

En disant cela, son corps se pétrifia en apercevant Gabe, le frère de cette dernière, suivi d'une dizaine de personnes.

— Ce n'est pas ce que vous croyez Gabe, commença-t-il en tentant de recouvrir les épaules de la jeune femme d'un drap. Je...

Victor, rouge de honte, tourna le dos à son interlocuteur et l'écouta s'approcher de lui.

— Regardez sa poitrine, insista celui-ci derrière lui.

— Mais, mais regarder quoi ? s'écria-t-il en tremblotant. C'est un beau soutien-gorge...

— Victor ! s'énerva le soldat. Soyez coopératif !

Il y avait deux semaines, il était sur le point de craquer et de tout abandonner, et après la visite du soi-disant Messan d'un futur encore inexistant, c'était les mains du soldat qui l'obligèrent à planter ses yeux sur la poitrine de Caroline. Il se demanda ce qu'il devoir voir jusqu'à ce qu'il découvre un tatouage au-dessus de l'emplacement du cœur.

Victor pencha son visage et fronça les sourcils en pensant au dessin brodé sur la tenue du médecin du « futur ».

— Gabriel a le même, chuchota-t-il en se rappelant qu'un jour son ami l'avait rapidement caché.

— Toute la famille le possède, lui expliqua Caroline en désignant le groupe. Mon frère Gabe, mon fils Flavien et mon père l'ont sur leur torse. Et, eux aussi.

— Et en quoi c'est utile de me le montrer ?

— Pour vous redonner un peu d'espoir.

Victor secoua la tête et s'éloigna du groupe. Comme revenu à la réalité, l'espoir n'était qu'un petit mot pour faire oublier le monde de terreur qui existait en dehors de leur base.

— Votre machine a marché, lui avoua-t-elle après quelques secondes de silence.

— Non, elle est instable et je ne compte pas l'activer !

Victor se tut en réalisant qu'elle venait d'utiliser le passé.

— Comment ça, ça « a marché » ?

Le lieutenant Callins intima d'un regard les autres à retirer leurs hauts. Victor y découvrit le même symbole pendant qu'elle lui révéla :

— L'une de mes arrière-arrière-grand-mère s'appelle Mélodie Ténara, née Messan. Nous sommes ses descendants, soit aussi les vôtres.

Victor, la respiration coupée, les regarda tour à tour.

— Oh mon Dieu, marmonna-t-il en comprenant certaines choses, ma fille a pris le portail ?

— Oui, lui répondit Caroline.

— Et...

— Nous sommes une seconde lignée de votre famille. Mélodie nous a transmis toute votre histoire jusqu'au jour où elle a voyagé dans le temps avec Guillaume. Ce « M » est notre héritage. Un passé qui relie celui du futur. Mais pour que ce futur existe, ce présent ne doit pas se défaire.

Caroline murmura des mots aux membres de sa famille et Victor se retrouva seul avec elle.

— Tu dois accepter tes visions, te laisser guider parce que ce sont elles qui donneront naissance au vrai messager.

— Mais l'avenir est incertain, il...

— Chaque Messan de ta famille a une place primordiale dans ce schéma. Toi, nos enfants, les tiens, Gabe, moi...

— Ce que je vois Caroline, c'est la mort, tenta-t-il d'expliquer. Je ne vois rien d'autre que le sang versé, un monde anéanti...

— Parce que l'espoir ne fait pas tout. Tu dois renouer avec ce que tu as cru perdre.

— Ce n'est plus de mon âge...

— Tu dois t'ouvrir sinon les visions ne se poursuivront pas.

Caroline remit ses vêtements et commença à partir.

— Attends, je dois te dire que...

— Je le sais, lui chuchota-t-elle. « Il y a dans le ciel des chemins et des astres qui dissimulent des codes, des avenirs potentiels et des lignes qui se dévoilent. Nous serons bientôt à vos côtés »

— Tu l'as vu ?

— Il te ressemble en bien des points.

— Qu'a-t-il voulu dire par là ?

— Je n'en sais rien, mais Gabriel me murmurait souvent la première phrase. Aujourd'hui, je vais pouvoir la dire entièrement à mon fils. Tout comme Gabriel, je crois en toi, à tout ce que tu vas faire.

Il y avait dans ses yeux une lueur qui frappa son cœur.

— Tu n'as jamais été seul Victor, poursuivit-elle la voix tremblante.

Victor le réalisait enfin. Il lui sourit en la prévenant qu'il ferait du mieux qu'il pourrait.

Les quelques révélations qu'il avait eu ces derniers temps lui avait réchauffé le cœur. Les nuits suivantes, lorsque le sommeil devenait une lutte contre lui-même, il se revoyait enfant, la tête emplie d'espoirs et de rêves.

Il avait aimé la mère de ses enfants et n'avait jamais voulu la remplacer. L'amour était un luxe qui le désorientait. Caroline et le « Messan » avaient raison sur un point : il devait s'ouvrir à nouveau s'il désirait avoir le fin mot de ses visions.

Si elles lui révélaient une partie du futur, il devait accepter que son cœur puisse à nouveau aimer.

— Victor ?

Il sursauta en entendant la voix du commandant derrière lui.

— Tu es là depuis longtemps ? demanda-t-il en le remarquant dans sa tenue de civil.

Benoît Mayet avait un regard sombre et ses cheveux noirs accentuaient sa couleur foncé comme s'il était capable de le sonder.

— Assez pour savoir que tu étais plongé dans... d'horribles pensées, je présume ?

— Je devais manquer de sommeil. Le stress, la prochaine attaque...

— Et tu vas... mieux ? Parce que si tu penses m'esquiver jusqu'à ce que ces ferrailles arrivent, tu te trompes !

— Oui, je vais mieux.

— Donc tu activeras le portail ?

— Oui, je pourrais rediriger toute l'énergie dont j'aurai besoin, mais cela ne durera que trentaine de minutes, murmura-t-il en contemplant la structure.

— D'accord. Maintenant, j'aimerai que tu t'asseyes. Je dois te parler.

— Écoute Benoît, dit-il en prenant place sur un tabouret, je sais comment tu bosses. Tes hommes sont au point, je suis sûr que les chasseurs sont prêts à décoller et que les armes sont chargées à blocs.

Il savait qu'elles ne les tueraient pas, mais elles les freineraient un moment.

— Non, je ne te parle pas de ça, mais de toi.

— Quoi, moi ? s'étonna Victor.

— D'après les calculs de nos astro-ingénieurs, les androïdes seront là dans une semaine. Si jamais l'un d'entre eux parvient jusqu'à ton laboratoire, promets-moi que tu traverseras le portail ?

Victor fronça les sourcils en le dévisageant.

— Non, je ne peux pas faire ça !

— Je veux te savoir en sécurité !

— Jamais ! hurla-t-il en se levant. Je ne suis pas un lâche !

— Victor !

— Ma vie ! Je l'ai dévoué pour la survie de notre espèce ! Pas pour un pouvoir quelconque !

— Ah parce que tu crois que quand la guerre sera terminée, personne ne remarquera à quel point on n'a pas vraiment vieilli ! Tu sais que ça nous tombera dessus !

Victor le savait. Lui, Benoît et ses amis paraissaient avoir vingt années de moins. C'était pourquoi il avait détruit tous ses travaux, surtout celui qui concernait le sérum. À travers ses anciennes visions, il avait appris que les erreurs du passé n'empêcheraient pas certains hommes à désirer plus de pouvoir. Devenir un être immortel serait le summum que les humains pourraient atteindre et Victor ne pouvait pas laisser ça se produire un jour.

— Vic ! Tu m'écoutes !

— La discussion est Close !

— Très bien ! Attends-toi à ce que je sois présent devant ta porte quand ça arrivera !

— Pourquoi insistes-tu ?

— Tu oses me demander ça ! On s'est promis de veiller l'un sur l'autre !

— Non ! Notre promesse est de...

Victor, interrompu par un baiser, le repoussa violemment, or le contact manquant à sa peau, il agrippa le col de Benoît et l'attira tout contre lui.

Si s'ouvrir à un autre devait débloquer ses visions, il le ferait uniquement parce qu'il ne voulait pas continuer sa vie sans avoir avoué ses sentiments à l'homme qu'il s'était jusque-là refuser d'aimer.


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