PROLOGUE / Le sort


Il y avait bien longtemps de cela, en une époque où la guerre des territoires faisait rage entre plusieurs royaumes, un pacte avait été scellé entre deux d'entre eux : Camelot et Albion. D'une paix fragile, ils s'étaient alliés contre le troisième, celui de Cenred. En ces temps où la prospérité avait quelque peu pris place, les souverains des deux premiers royaumes avaient ficelé l'avenir de leurs premiers futurs nés : un mariage pour concrétiser leur réunification. La reine de Camelot, Ygraine Pendragon, donna naissance à un beau garçon, Arthur, aussi blond que la couleur des blés. Tandis qu'il aurait fallu patienter huit années à celle d'Albion, Hunit Emrys, pour que leur premier enfant ne montre le bout de son nez en plein hiver.

Une saison plus tard, la famille du roi Uther Pendragon fut conviée à fêter dignement cette naissance et, aussi par la même occasion, dans le but de présenter cet enfant à leur fils, Arthur. Pendant les festivités, la servante du nouveau-né accompagna le petit prince au berceau de l'enfant Emrys. Ce dernier, tout en la suivant, se souvenait qu'il écoutait, comme tous les soirs, sa mère qui lui murmurait que dans le royaume voisin, il y aurait un jour, la venue de celle qui serait sa future princesse.

Arrivé au pied du petit berceau, il se pencha pour mieux contempler cet enfant. À ses côtés, il ne s'aperçut pas que la servante les détaillait avec tendresse.

― Souhaitez-vous que je le mette sur le grand lit ? lui proposa-t-elle en lui offrant un sourire, ainsi vous pourrez l'admirer ?

Le petit Pendragon hocha seulement de la tête. Il la regarda faire puis, en la voyant finir d'installer des oreillers de chaque côté du bébé, il trépignait d'envie d'être près de lui. Après quelques recommandations, elle s'en alla. Arthur, le cœur papillonnant, se posa à côté de l'enfant puis, grâce à la lueur de plusieurs bougies, il dut admettre que ce dernier était mignon. Il fit très attention en s'allongeant perpendiculairement à ce bébé. Durant une dizaine de minutes, il le scrutait, détaillant chacun de ses mouvements sûrement générés par un doux rêve. Il se surprit même à aimer le visage du bébé...

Perdu dans sa contemplation, il se produisit la plus belle chose qu'il n'ait jamais vue : deux orbes d'un bleu océan complètement envoûtant et éclatant venaient de se planter dans les siens. Arthur ne put se détacher son regard : il était encore si petit et si fragile qu'il n'osa pas bouger. Soudain, en le voyant lever une petite main, son cœur se mit à battre avec frénésie quand celui-ci enroula ses petits doigts contre son index. Il réalisa que ce contact était tout bonnement magique. Jamais, il n'aurait cru qu'un bébé pouvait lui apporter de telle sensation... Un sourire timide au bord des lèvres, il était sous le se pencha sans hésitation sur l'une de ses joues et lui souffla :

― Je suis Arthur Pendragon, ton futur époux...

L'enfant gazouilla en bougeant ses membres pendant qu'il se grattait la tête : le bébé ne devait surement pas encore le comprendre. Alors, il déposa seulement un baiser sur sa délicate peau. Le petit prince qui s'apprêtait à partir, commença à peine à retirer sa main que le petit être se mit à gigoter en émettant des sons de mécontentement. Arthur avait bien compris : s'il le lâchait, il allait pleurer. Il décida, à son grand bonheur, de rester jusqu'à ce qu'il se rendorme mais, étrangement, le bébé resta éveillé.

Il y avait dans le regard du plus petit quelque chose de merveilleux. À son âge, il compara le bleu de ses yeux à une étendue d'océan similaire à un ciel d'été. Il sourit encore davantage et tressaillit en sentant un bout de son index se faire mordiller par la bouche dépourvue de dents du petit. Il ôta instinctivement sa main et l'enfant se mit brusquement à hurler. Affolé par ce cri, il lui redonna son doigt et, miraculeusement, le bébé se tut en le mordillant à nouveau. Il ne lui faisait pas mal, au contraire cela le chatouillait un peu. Il sourit bêtement devant ce spectacle puis, le perdit quand il distingua deux petites perles coulées aux coins de ses yeux. Arthur se mordit une lèvre en les effaçant à la manière d'une caresse.

― Sire, interrompit la servante, il est l'heure au petit Merlin de boire son lait...

Le petit prince frissonna en écoutant le nom que venait d'énoncer cette dernière puis, pour confirmer un doute, il bafouilla :

― C'est un garçon !

Elle hocha de la tête pendant qu'il partait comme une flèche au rez-de-chaussée. Arthur, le coeur palpitant, se rua dans la grande salle en hurlant, presque indigné :

― Mère ! Mère ! C'est un garçon ! Ce n'est pas une fille !

La reine Ygraine s'agenouilla devant lui et, le regard plein de tendresse, elle lui chuchota que cela n'avait aucune importance car, un jour, il apprendrait à l'aimer. A ses mots, il se renfrogna en croisant les yeux de son père qui semblaient compatir de sa découverte. Il avait rêvé de devenir le prince charmant des contes que sa mère lui lisait chaque soir et, à cette minute, ses rêves venaient de s'envoler en fumée.

Penchée, au-dessus du berceau de l'enfant Emrys, la sœur de la reine Ygraine qui était jalouse de n'avoir pu épouser le grand souverain de Camelot, pensait que le fait que ce soit un garçon, cela ruinerait la réunification et engendrerait une nouvelle guerre. Or, à son grand désarroi, ce ne fut pas le cas, alors, de rage, elle prononça ces quelques mots en fixant le petit Merlin :

« Idiot comme un simplet, tu éloigneras Arthur de toi...

A ta vue, arrogant, il préféra les femmes qu'à ta présence,

Rejeté par ton promis, tu resteras à ses yeux qu'un maladroit,

Sans mariage, tu condamnes le prince à une mort de potence »

Elle s'en alla en ricanant à s'en décocher la mâchoire. Lorsqu'elle quitta la pièce, la jeune servante, Cassie qui veillait sur l'enfant Emrys, savait qu'elle n'était pas aussi forte que cette sorcière mais, elle avait appris, en tant que guérisseuse à contrer les malédictions. Heureuse de voir que cette dernière n'avait donné aucune précision, surement certaine de son coup, d'une caresse sur l'une des joues de l'enfant Emrys, elle chuchota :

« À l'âge où tu mettras un pied dans le château de ton âme-sœur,

Ton idiotie et ta maladresse s'effaceront pour laisser place

A ta candeur qui saura briser les défenses autour de son cœur

Et, seul, tu devras réussir à fondre la glace... »

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