Chapitre 8 / Bucher et malédiction ?


Arthur se tenait devant la lourde porte qui le séparait de la salle du trône. Merlin, juste derrière lui, ne se sentait pas le courage d'affronter celle qui faisait de sa vie un enfer,... celle qui ne voulait pas de leur union. Pourtant, il le devait... ne serait-ce que pour apaiser sa conscience car, tout ce qu'il avait subi à travers le prince de Camelot était dû à sa malédiction. De cette certitude, il fixa son futur époux et, en inclinant la tête, il lui fit comprendre qu'il était prêt.

Lorsque tous les regards se posèrent sur eux, ce n'est qu'en tentant de sourire que Merlin suivit Arthur. L'allée parut devenir de plus en plus longue. Chacun de ses pas était lourd. Ses battements de cœur semblèrent résonner à ses propres oreilles tant il avait peur de croiser les yeux de la sorcière. Il sentait le poids du regard de cette dernière sur sa personne et, en plantant son regard dans le sien, il se tint au côté d'Arthur qui prit place sur son siège d'héritier. 

Elle ne paraissait nullement effrayée et, les poignets ligotés, la sorcière le dévisageait comme si elle cherchait des mots pour le briser. Merlin frissonnait d'effroi. Il n'aimait pas ce regard... un regard rempli de colère,... un regard où toute sa rage se faisait sentir,... un simple regard qui en disait bien long s'il restait auprès d'Arthur.

— Nimueh, sœur de ma reine, vous avez été condamnée au bucher pour avoir attenté à la vie du prince héritier de Camelot, ainsi que mis en péril la vie de son futur époux ! informa le roi Uther.

Gauvain, non loin de son prince, avait un très mauvais pressentiment. Elle n'était pas normale cette femme... elle était terrifiante... elle était là sans vraiment y être... non, quelque chose n'allait pas... Inquiet, il balaya la pièce d'un regard apeuré. Aux paroles du roi, la sorcière ne lâchait toujours pas Merlin de ses yeux sombres. Elle attendait un acte... un signe et, Gauvain n'aimait pas cette atmosphère soudainement lourde. Le corps chancelant, il regretta l'absence de sa mère qui était tombée malade... Qui pourrait intervenir si la sorcière tentait par un quelconque autre moyen d'anéantir l'union des deux royaumes ?

Léon observait son amant et, tout comme lui, il ressentait dans l'air une tension désagréable,... une tension mêlée de rancœur... La sorcière, pourtant dépourvue de ses pouvoirs, avait encore une force à faire faillir le peuple. Le prince héritier qui ne pouvait pas voir Merlin à quelques pas derrière lui aurait souhaité bander les yeux de sa tante. Elle dévorait méchamment son futur époux d'un regard qui lui donnait des frissons dans le dos. Une main sur le pommeau de son épée, il n'avait pas confiance en elle et, bien que sa mère, déçue de comprendre la présence de sa sœur, ne l'ait pas revu depuis des années, elle paraissait aussi effrayer de voir combien Nimueh avait autant pris en pouvoir qu'en assurance.

Merlin, immobile, tremblait de tous ces membres. Il n'arrivait pas à détacher ses yeux de cette sorcière. Il avait encore ces images qu'elle lui avait insufflées pour qu'il s'éloigne d'Arthur mais, il croyait dure comme de la roche à leur amour. Cependant, elle dégageait une aura dévastatrice... à un point qu'il pouvait la sentir comme si elle était face à lui. Tout d'un coup, le visage déformé, elle cingla en le toisant froidement :

"— L'enfant qui vous reconnaîtra comme parent

Vivre à quatre pattes, il en sera condamné !

Tel un loup sauvage, il sera assassiné par un Lefay !

A sa majorité, il sombrera seul au milieu d'une forêt !"

Arthur, le corps chancelant, se leva en même temps que les derniers mots franchirent la gorge de cette dernière. Il eut envie de lui planter sa lame en pleine poitrine, mais Guenièvre coupa court à cet échange en applaudissant très fort.

Tous les regards se posèrent sur elle. Arthur, dans un doute, garda sa main posé sur son pommeau et suivit la scène avec attention. La jeune femme s'était avancée vers la sorcière, le visage à la foi durci et blessé. Quand elle s'arrêta à quelque pas de la prisonnière, elle s'éclaircit la gorge puis parla :

— J'ai brûlé les pierres qui contenaient ta magie. Si tu ne m'avais pas pris ma vie un court instant, je n'aurai jamais su que tes pouvoirs pouvaient être détruits par le feu. Ta haine envers Uther t'a tellement aveuglé que tu as baissé ta garde alors que tu te servais de moi. Aujourd'hui. Rien ne pourra atteindre les princes. Ni ta malédiction. Ni ta colère. Tu es seule.

Quand elle eut finie, elle s'approcha d'Arthur et de Merlin et leur fit un signe de la tête comme pour leur signifier qu'ils n'avaient rien à craindre de ses maudits mots.

Le roi Uther, après cela, enferma rageusement la sorcière Nimueh au cachot. La salle se vidait progressivement et, seuls, les souverains restèrent avec les deux jeunes princes. Uther se tourna sur sa femme et, en lui tendant la main, il était navré de savoir que sa belle-sœur haïssait son royaume. Cette dernière n'en dit aucun mot. La reine Ygraine s'inquiétait plus pour son garçon que pour la sorcière qu'elle ne voyait plus comme étant de la famille. Nimueh avait longtemps fait son choix tout, comme elle-même, choisissait de bénir l'union futur des deux princes.

Les souverains se levèrent pour se mettre face aux deux jeunes hommes. Uther les regarda en leur disant :

— Elle sera au bûcher dès cette fin de soirée...

Merlin ne disait rien... il restait muet... après plusieurs minutes de silence, il s'aperçut enfin de la présence d'Arthur à ses côtés. Le roi et la reine étaient déjà partis. Toujours immobile, le jeune Emrys fixa son amant qui craignait le pire.

— Aurions-nous le droit d'affliger ce genre de vie à un enfant ? demanda Merlin dont les yeux bleus s'embuèrent.

Le jeune Pendragon maudit sa tante. Son futur époux recommençait à douter et, en se mordant une lèvre, il obligea Merlin à le regarder. Arthur aimait ses yeux... des yeux qu'il avait toujours chéri... des yeux remplis d'amour et de clarté...

L'un en face de l'autre, des deux, Merlin était le plus fragile mais, la force dont Arthur détenait pour tenir debout face à cette vie, elle venait de lui... du jeune homme qu'il aimait et, Arthur ferait tout pour le rendre heureux...

— Nous ne devrions pas avoir d'enfant... marmonna Merlin,... parce que... si ce n'est pas elle, ce sera quelqu'un d'autre...

— Nous l'avons vaincu ! coupa Arthur en le faisant tressaillir. Et tu sais ce qu'il y a de vraiment merveilleux dans ça ? C'est qu'on n'était pas seul ! Et c'est là que tu dois comprendre que quoi qui puisse se passer, notre enfant sera toujours entouré de personnes attentionnées et aimante.

Le jeune Emrys recula encore de quelques pas. La gorge nouée, il bredouilla :

— Je suis désolé Arthur, tu as raison... murmura Merlin en se jetant dans les bras de son prince.

— Je crois en nous, répondit-il en l'étreignant très fort. Nous serons de bon parent et nos amis seront aussi là pour nous soutenir, tu ne crois pas ?

Arthur fondit devant le sourire de son prince et, quoi que l'avenir leur réserve, il scella cette vérité en déposant ses lèvres contre celle de Merlin.

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Gauvain qui patientait dans le couloir désert alors que les princes discutaient avec les souverains sourit en voyant Léon sortir de la pièce et celui-ci l'enlaça après avoir vérifié qu'il n'y avait qu'eux.

— Quoi qu'il advienne mon beau, chuchota Gauvain, je crois que tu es coincé avec moi. Je t'aime...

Léon frissonna devant cette déclaration qui le revigora et l'embrassa tendrement en l'étreignant de toutes ses forces. Il ne souhaitait rien de plus... seulement l'assurance que personne ne les séparerait... Il n'était déjà pas facile d'être chevalier alors, il désirait croire que son amour pour le plus jeune saurait lui apporter un peu de bonheur...

Ils s'écartèrent lorsque la porte s'ouvrit sur les deux futurs époux et souverains de Camelot. Gauvain sourit à Merlin qui tenait jalousement la main d'Arthur. Sans dire un mot, il inclina la tête dans leur direction comme pour leur signifier qu'il serait toujours là pour eux. Léon, de son côté, fut ravi de les voir plus déterminé et soudé.

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En arrivant devant la porte du prince, Arthur et Merlin aperçurent Guenièvre qui les attendait. Elle leur expliqua qu'elle leur devait bien ça après tout ce que Nimueh leur avait fait vivre.

Merlin, les larmes au bord des yeux, la remercia de tout son cœur, comprenant que si elle n'avait pas agi, qui sait ce qui aurait pu arriver à leur enfant ?

— C'est moi qui vous dois la vie,... leur souffla-t-elle en inclinant la tête, sans votre entêtement sire,... je ne sais pas où j'en serais...

Arthur, mal à l'aise au souvenir de ce qu'ils faisaient ensemble, la contempla et prêt à s'excuser, elle le coupa en levant une main :

— Je ne vous en veux pas,... votre tante a su faire de moi un pantin et, par ce fait, j'ai usé de mes charmes pour vous piéger...

Elle s'en alla en laissant derrière elle deux hommes qui comprenaient enfin la raison de tout ce malentendu. Arthur se tourna sur Merlin pour lui prendre la main et, en pénétrant dans sa chambre, il l'enlaça tendrement. Perdu dans ses pensées, Arthur n'envisageait pas sa vie sans un enfant qui aurait un peu de son Merlin... il y avait déjà fortement pensé quand il lui faisait l'amour,... un petit être qui aurait les yeux bleus de son futur époux,... des yeux aussi calmes que le ciel d'été et aussi orageux que la colère des nuages... juste des yeux qu'il contemplerait avec bonheur... Merlin le surprit comme s'il avait été capable de lire dans ses pensées :

— Si un jour, nous avons un ''petit nous'' se réalise,... alors, je voudrais qu'il ait ta grandeur et ta force...

Arthur le garda tout contre lui en ajoutant :

— Moi, j'aimerais qu'il ait ton regard et ta gentillesse...

Ils restèrent blottis l'un contre l'autre durant plusieurs minutes. A deux, ils étaient fort... et, avec l'appui de leurs chevaliers et de leur entourage, ils sauront aller de l'avant car, ensemble, ils étaient bien plus qu'une famille... Confiant, Merlin, le premier, releva son visage pour voir celui de son prince. Le regard plongé dans celui d'Arthur était teinté d'une telle détermination que ce dernier lui sourit.

Le jeune Pendragon se pencha et l'embrassa tendrement. Leurs langues se mirent à danser entre elles, en s'enroulant affectueusement au gré de leur envie. Peu importait l'avenir, il n'avaient qu'à se regarder pour comprendre que leurs sentiments avaient vaincu les sorts de Nimueh. Alors, si, un jour, ils leur prenaient le besoin d'avoir un enfant, ils feraient de leur mieux pour l'élever et l'éduquer car, finalement, cet enfant sera le reflet de ce qu'ils sont... Un amoureux fou qui saura offrir son cœur tout comme Merlin avait su le faire pour Arthur... un amoureux fidèle qui saura apprendre à ouvrir son âme, comme le jeune Pendragon avait dû l'apprendre... Ils étaient Arthur et Merlin, futurs souverains de l'alliance entre Camelot et Albion.

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Dans son cachot, Nimueh, privée de ses pouvoirs hurlait de rage. Elle maudissait Merlin ! Elle aurait mieux fait de le tuer au pied de son berceau ! À ce souvenir, elle le regrettait amèrement ! Elle haïssait ce sentiment qui paraissait vaincre tous les sorts.

Adossée contre le fond de sa cellule, elle gronda de fureur lorsque la petite paysanne dont elle s'était servie apparut devant elle.

— Comment es-tu parvenue à... commença la sorcière en lui décochant un regard noir.

— À apprendre la magie ? coupa Guenièvre qui lui en voulait d'avoir volé une partie de sa vie,... tout cela n'est qu'à cause de votre insistance à affaiblir le roi Uther ! Pendant que vous poursuivez aveuglément votre tâche à détruire ces deux jeunes hommes, vous m'avez laissé entrevoir une partie de votre savoir...

Le rire que Nimueh lâcha ne perturba pas une seconde la future sorcière, au contraire, elle apprenait encore à travers elle. Guenièvre la détaillait en silence et, en lui dévoilant son air compatissant, elle continua à l'inspecter. Bien que cette mauvaise sorcière se fût emparée de son corps à son bon vouloir, elle avait ressenti sa peine et, comme une défaite, elle avait refusée d'abandonner ce qu'elle croyait être de l'amour pour Uther. Nimueh confondait ce sentiment avec celle de la jalousie qu'elle éprouvait envers sa propre sœur. Au lieu d'être heureuse pour Ygraine, Nimueh en avait fait une vengeance si personnelle qu'elle avait oublié le plus important : celui de vivre.

— Je suis triste pour vous, murmura Guenièvre d'une voix brisée en empoignant les barreaux de ses mains,... Ne vous êtes-vous jamais dit que, surement une autre personne aurait pu vous aimer ?

— Nooon ! s'écria Nimueh rouge de colère,... Uther était à moi ! Il aurait dû me revenir !

L'ancienne servante n'était pas venue pour la voir sombrer dans son propre chaos. Malgré ce que Nimueh était, Guenièvre savait que quelque part, la petite princesse qu'elle fut, s'était seulement égarée...

— Vous étiez quelqu'un de bien, ma Lady... souffla-t-elle... si, un jour je devais avoir une fille, j'aimerais qu'elle ait un peu de ce que vous étiez avant toute cette histoire...

— Comment oses-tu... tenta Nimueh en hurlant de ses lèvres déformées par son sentiment de culpabilité qui commençait à prendre le dessus...

Guenièvre, sans hausser le ton, baissa son regard brillant :

— J'ai lu en vous, reprit-elle toujours d'une voix douce, vous étiez aussi souriante que Merlin, aussi vivante qu'Arthur.

Elle se tut pour la contempler et poursuivit :

— Aujourd'hui, il n'y a plus rien que je puisse faire pour vous...

— Libère-moi ! lui brailla-t-elle... Et je t'apprendrais tout de la sorcellerie !

La jeune servante, déçue de voir qu'elle continuait à persévérer dans sa haine.

— Je prierais pour votre âme... dit-elle en s'éloignant des barreaux.

— Camelot ne verra jamais d'héritier ! ricana-t-elle subitement d'un ton froid tout en se frottant les mains comme si elle se foutait de ce que venait de lui dire la jeune femme. Je n'ai peut-être plus de magie, mais le doute s'est immiscé en eux !

— Je ne peux certainement plus rien pour vous, mais je dois tout de même vous remercier ! Parce que vos connaissances m'ont ouverts des portes qui m'effraie, certes ! Mais qui m'ont permis de voir que Arthur et Merlin auront un fils ! Charles et je le porterais pour eux !

Un hurlement rempli de toute la fureur de Nimueh suivit cette révélation. La sorcière devenait tellement folle qu'elle se jetait violemment contre les murs. Elle tonnait des « Non, ce n'est pas possible ! Je leur ai ôté ce choix ! ».

La respiration saccadée, elle tomba à genoux, atterrée de s'apercevoir que tout ce qu'elle avait fait jusqu'ici n'avait servi à rien. Seule au milieu de son désarroi, des larmes dévalèrent sur ses joues encore rouges. Sa haine l'avait rendue si hargneuse qu'il lui fallut comprendre de la bouche de celle qu'elle avait ensorcelée qu'elle avait gâché sa vie. Les paupières closes, elle ressentit avec peine la plus terrible des défaites. Avait-elle du regret ? Personne ne saura jamais ce qu'elle éprouvait à cette minute...

Loin des princes, elle pleurait lamentablement sa déchéance... elle, qui avait tant haï sa sœur pour avoir pris le cœur du roi de Camelot... elle, qui avait finalement tout perdu : sa vie, sa famille, son âme... finit la fin de l'après-midi accroupi au fond de sa cellule.

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Léon veillait au bon déroulement de la mise en place du bucher en compagnie de son cousin lorsqu'il aperçut son amant au loin.

— Gauvain ? Pourquoi cette tête ?

Léon avait l'impression que son amant allait égorger son cousin qui venait de partir. Puis il réalisa que Gauvain ne le connaissait pas.

— C'est mon cousin.

— Oui, bredouilla son amant,... j'avais bien compris...

— Evidemment,... éclata soudainement de rire Léon,... c'est pour ça que tu donnes l'impression de vouloir l'assassiner !

Gauvain fit une moue avec ses lèvres et lui donna un coup de coude avant de s'éloigner de plusieurs pas.

— Ce n'est pas marrant,... marmonna-t-il.

Il se tut, déçu que Léon ne fasse aucun geste officiel pour prouver au peuple qu'ils étaient ensemble. Gauvain l'aurait fait, mais il n'était pas dans son royaume. Camelot n'était pas encore son chez lui et comme il se considérait comme un invité, il ne pouvait pas le faire. Qui avait donc dicté ce genre de stupidité ? Cassie lui avait bien dit d'être patient... Il l'était... enfin, tant qu'aucun homme ne rôdait autour de Léon.

En contemplant le bûcher, il se contenta de se poster à ses côtés, soudain, il fut surpris que Léon se tourne vers lui :

— Si, il y a une chose à retenir de toute cette longue et périlleuse histoire,... lui dit celui-ci en prenant une de ses mains,... c'est que votre prince aime tellement Arthur qu'il n'a pas pu le planter de sa lame et,... continua-t-il en posant sa seconde main sous le menton de Gauvain,... mon sale petit prétentieux de prince l'aime tant qu'il a réussi à comprendre ce que aimer signifiait...

Gauvain s'empourpra en se rappelant des mots dont il avait utilisé pour définir le prince de Camelot. Le souffle court et les yeux grands ouverts, il reçut un baiser inattendu de Léon. Figé par ce geste (qu'il espérait tant), il n'osa pas balayer l'assistance qui devait surement les regarder puisqu'il n'entendit plus aucun bruit de bois jetés et empilés.

— C'est officiel, mon petit, lui chuchota Léon à son oreille, tu es à moi. Maintenant plus personne ne viendra nous embêter...

Puis, comme si cela ne suffisait pas à Léon, il l'enlaça avec force pour éviter de voir Gauvain s'enfuir en courant et déposa ses lèvres contre celle de ce dernier qui s'autorisa enfin à répondre à ce long et langoureux baiser...

Lorsque Léon s'écarta de lui, Gauvain ne put s'empêcher de bougonner quelques mots incompréhensibles et, en faisant éclater de rire son aîné, il rougit si violemment qu'il se lova tout contre son corps pour se cacher du peuple...

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Sur la terrasse des souverains, les jeunes princes regardaient les gens du royaume qui criaient après la sorcière. Tout ce moment sembla se passer très vite, comme si Camelot ne désirait pas se souvenir d'elle de cette façon,... comme si elle n'avait jamais existé... Attachée à un poteau, les yeux bandés par la demande d'Ygraine, un hurlement d'effroi franchit de la gorge de la prisonnière quand le feu se propagea sur le bois. Le roi Uther fit un signe de la main à Perceval qui envoya une flèche en plein cœur de la sorcière. Ygraine ne voulait pas que sa sœur souffre, mais elle devait payer le prix de ses actes.

Les flammes s'élevèrent en silence jusqu'à donner cette impression d'embrasser le ciel étoilé.

Le vent sembla même aider l'âme de cette sorcière rejoindre les cieux.

Arthur, conscient de la perte d'un être cher, posa une main sur celle de sa mère et, sans un mot, il la serra dans ses bras. Il savait que la relation entre ces deux sœurs avait été difficile mais, Nimueh restait tout de même sa petite sœur. La reine n'était pas triste, elle était seulement désolée de voir qu'elle n'avait jamais compris que parfois, l'amour était à lui seul un pouvoir.

Ygraine fixait maintenant les deux princes et, en leur prenant chacun une main, elle les superposa face à l'assemblée.

— Une vie s'achève mais,... annonça-t-elle fièrement en levant leurs mains liées en l'air,... nos enfants prendront la relève et, à leur tour, un enfant viendra résonner de ses rires notre château !

Les larmes de joie au bord des yeux, elle les embrassa tendrement devant les acclamations du peuple.

Les princes s'inclinèrent devant leurs ainés puis, en se tournant sur l'assemblée, ils les écoutèrent les applaudir de leur future union.

Après quelques minutes, la reine repartit avec son roi et, Guenièvre rejoignit le jeune couple. Elle leur expliqua brièvement qu'elle se tenait à leur disposition, à l'aide de la magie, pour leur donner un enfant dont leurs sangs couleraient dans ses veines, leur amour battrait dans son cœur et son corps vibrerait de leur espoir...

Arthur, heureux de savoir que l'ancienne servante resterait à leurs côtés, ne sut que dire à part un merci qui en disait bien long sur sa reconnaissance.

— Sire, répondit-elle en plantant un regard sincère et dévoué qui le toucha,... j'ai fait la paix avec Nimueh et,... je pense que ma place sera auprès de votre enfant,... si vous n'y voyez aucun inconvénient...

Les princes l'enlacèrent si fortement qu'elle pouffa en les remerciant de tout son cœur.

Quand Arthur et Merlin se retrouvèrent seuls, ils se fixèrent un instant comme si, leur crainte revenait les envahir. Loin de vouloir à nouveau s'éloigner l'un de l'autre, ils s'embrassèrent en entrelaçant leurs mains.

— Je t'ai attendu toute une vie, murmura Merlin en posant son front contre celui d'Arthur,... tu m'as ouvert les portes que j'ai refusé de croire en m'enfuyant et maintenant que je sais que tu partages mes sentiments, je resterais quoi qu'il advienne...

— J'ai été aveugle et inconscient,... tu m'as prouvé que tout était possible et aujourd'hui, je t'aime à en mourir, alors, quel que soit notre avenir, c'est à tes côtés que je me sens fort...

Merlin n'avait plus de doute... les atroces images s'étaient envolées en même temps que la mort de Nimueh et, complètement amoureux, il désirait simplement vivre auprès de celui qui faisait battre son cœur depuis déjà bien longtemps.

Arthur, quant à lui, il avait confiance en Guenièvre et, rassuré, il se détendit en se disant que la vie était comme un livre... un livre dont la fin n'était pas encore écrite car, son histoire, la leur, c'était à eux de l'écrire... une fin où tout était possible...

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Guenièvre avait perdu du temps à cause de la sorcière mais, elle avait gagné une nouvelle vie... une nouvelle famille. Contente, elle posa une main sur son cœur palpitant. Elle savait que Charles sera bien entouré avec ses deux futurs pères.

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Il était tard quand Merlin laissa Arthur dans la chambre pour retrouver Cassie. Il voulait prendre de ses nouvelles. En marchant dans les couloirs, il croisa son ami Gauvain qui discutait avec Léon. Ce dernier semblait le dévorer du regard...

— Merlin ! s'exclama le jeune chevalier qui s'empourpra en s'écartant de Léon.

— Gauvain, dit-il en lui décochant un sourire moqueur aux coins des lèvres, j'allais voir ta mère...

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Léon saisit son jeune amant et, leurs corps soudainement chauds, ils pénétrèrent dans la chambre de ce dernier. Gauvain se débarrassa rapidement de ses habits et éclata de rire :

— Quoi ? dit-il en retenant un autre éclat...

Léon, trop heureux de le garder près de lui l'attira dans son lit en lui murmurant à l'oreille toutes les choses qu'il allait lui faire subir... Gauvain dont le corps entier parut s'enflammer à ses mots se jeta avec avidité sur son amant qui n'eut pas le temps de continuer... de toute façon, Léon ne parlait jamais autant...

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Pendant ce temps, Merlin frappa à la porte de sa marraine et en l'ouvrant, il la referma aussi vite pour en ressortir aussi confus.

— Pardon ! s'excusa-t-il...

Il repartit sans demander son reste... rouge comme une pivoine. Il venait de voir Cassie dans les bras de Lancelot...

Décidément, il y avait de l'amour dans l'air. Ravi que tout le monde était amoureux, il courut jusqu'à la chambre d'Arthur et s'y arrêta quelques secondes pour reprendre une respiration régulière. Il ne voulait pas non plus paraitre en manque de ses baisers et... du reste...

Lorsqu'il pénétra dans la pièce où une seule bougie éclairait le coin du lit, un large sourire s'afficha sur ses lèvres. Arthur était recroquevillé sur lui-même avec son oreiller entre les bras... C'était la plus belle image que son amant lui offrait... un enfant qui semblait garder un trésor près de son corps.

Il se permit de se racler la gorge en croisant des bras tout en faisant mine de lui demander avec son regard, ce qu'il pouvait bien faire avec son oreiller.

Le cœur battant à tout rompre, Arthur ouvrit ses yeux... des yeux qui semblèrent jongler entre Merlin et l'oreiller... Le choix était vite fait... L'objet traversa instantanément la pièce en même temps qu'il prit la main de Merlin...

Arthur l'enlaça tendrement et, les mains baladeuses, il caressa le corps réceptif de son jeune amant... Leurs corps, brulants et remplis de désirs, ils firent l'amour en hélant des sons de satisfactions... des sons qui portaient leurs sentiments de s'appartenir mutuellement,... des sons qui résonnèrent à travers la pièce... juste un moment où la sensualité de leurs gestes avaient une place...

Dehors, un hiver doux approchait et le vent glacial semblait transporter le rire des amants de cette étrange légende...

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Chapitre 9 / Mariage


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