Chapitre 6 / Le saut



Gauvain, le cœur battant, arriva aux portes de Camelot en fin de soirée. Au lendemain de la bataille, tôt ce matin, Mordred demandait à un messager d'envoyer une missive à Camelot : l'invitation de ses fiançailles. Il profita donc de prendre la place de ce dernier pour pouvoir enfin revoir Léon. Une fois, la lettre remise au roi Uther, il se dépêcha de se diriger en direction des quartiers des chevaliers. Le corps tremblant, devant la porte de la personne tant convoitée, il avait soudainement peur d'avoir rêvé les mots qu'il lui avait avoués la veille. Il n'avait jamais été aussi anxieux que ce jour et, en posant une paume sur le bois qui lui faisait face, il hésita longuement avant de frapper. Le doute s'immisça en lui et, en se mordant une lèvre, il prit une profonde bouffée d'air avant de toquer fortement.

La respiration déjà courte, lorsque la porte s'ouvrit sur Léon, son souffle se coupa instantanément. La vision que lui offrait ce dernier était des plus divines. Le corps enveloppé seulement d'une serviette autour de la taille, ses yeux s'attardèrent sur le torse humidifié de quelques gouttes qui, ô grande joie, glissèrent lentement en s'effaçant sur le bout de tissu cotonneux. Il était... il n'arrivait même plus à trouver de mots pour le définir tant il le trouvait encore plus beau. Le regard enfin planté dans les siens, il rougit violemment à son inspection et, avant d'avoir pu ouvrir la bouche pour lui parler, il fut tiré rapidement à l'intérieur.

Il regarda, le cœur palpitant, Léon qui ferma à clé puis, l'un en face de l'autre, Gauvain devint muet. Pendant quelques secondes, la tension monta et il parvint à retrouver la voix :

— Je... Je t'aime...

À peine Gauvain eut-il le temps de prononcer ces mots qu'il se sentit plaqué subitement contre un mur et, d'un manque non voilé, les lèvres de Léon se posèrent avec avidité contre les siennes. Le souffle saccadé, il répondit en enroulant audacieusement sa langue avec sa jumelle. Une sensation qui le rendait déjà fébrile lui donnait des frissons sur tout le dos... Gauvain n'avait plus aucun doute, l'amour avait un pouvoir... et, il était à la merci de son ainé qui colla fortement son corps chaud et encore humide contre le sien. Les yeux mi-clos, il gémit en sentant Léon lui baiser le cou avant de continuer ardemment sur l'une de ses clavicules en tirant sur son haut.

La respiration entrecoupée, Gauvain bascula la tête en arrière et, pendant que les mains de son ainé lui déboutonnaient le bas, il caressait les bras de son amant. Le léger vent frais qui lui effleura les jambes enfin dénudées, ne l'empêcha pas d'avoir chaud,... il avait si chaud qu'il s'embraserait sur place puis, il ouvrit ses yeux lorsque Léon ôta sa tunique en dévoilant ainsi son torse. Le désir inscrit au fond du regard de ce dernier, il le suivit jusqu'au lit et, le cœur battant à tout rompre, il s'allongea pour regarder Léon qui laissa glisser sa serviette au sol.

Gauvain venait de perdre toutes ses neurones... Léon était splendide et, en frissonnant, ce dernier l'enlaça tout contre lui. La chaleur de cet homme l'enveloppa chaleureusement et, en entremêlant leurs jambes, ils se regardèrent quelques secondes comme pour imprimer cet instant tant attendu. Les doigts de Léon jouèrent avec les lèvres de son amant pendant que Gauvain, les joues empourprées dû à leur nudité, lui souffla en caressant le torse de son index :

— J'ai envie de toi...

Léon n'était déjà pas très bavard mais, pour une fois, il se pencha vers l'une des oreilles de son jeune amant et, la seconde main sur le dos de ce dernier, il lui murmura en roulant sur lui :

— Moi, commença-t-il d'une voix sensuelle qui le fit trembler,... je t'ai tellement attendu,... continua-t-il en lui mordant le lobe,... que je pourrais te prendre maintenant..., dit-il en resserrant son étreinte puis, pour ne pas l'effrayer, il ajouta avec un sourire charmeur,... mais, je sais me tenir tranquille... dit-il en lui volant un baiser,... surtout en présence d'un bel homme...

Gauvain était tout, sauf terrifié... Pour lui montrer qu'il était tout aussi excité que son amant, il lui souffla d'une voix vibrante :

— Si, je te disais,... touches-moi... dit-il en prenant une main de Léon qu'il posa contre son cœur,... embrasses-moi,... continua-t-il en déposant ses lèvres brulantes dont la langue vint caresser la sienne avec ardeur,... possèdes-moi,... finit-il par dire en calant ses mains baladeuses sur les fesses de son amant tout en donnant un coup de rein...

Léon lui sourit et était amusé par le regard luisant que lui lança Gauvain. Un regard qui semblait lui dire « mon corps t'appartient » il enlaça ses doigts de la main gauche contre la droite de Gauvain et, en ondulant son bassin, il héla d'une voix rauque qui donna des frissons à son jeune amant. Ses lèvres parcouraient doucement chaque parcelle de peau qu'il avait envie de marquer... Le souffle court, une main sur la nuque du plus jeune, il lui mordit le cou et, en entendant l'excitation dans la voix de Gauvain, il poursuivit sa torture sur le torse de celui-ci...

Gauvain se cambra sous les caresses de son ainé et, en échappant des sons de contentement, il se laissa emporter par l'enivrement de toutes ses nouvelles sensations. Leurs corps, dont les virilités se frottèrent l'une contre l'autre, crevaient tellement d'envie qu'ils haletèrent en murmurant des mots qu'ils n'avaient encore jamais dits à un autre... en chuchotant le nom de l'être qu'ils chérissaient... et sous les draps où leurs étreintes ne cessèrent de les faire gémir de satisfactions, avec un mélange de douceur et de brutalité masculine, ils s'unirent sans dissimuler leurs cris de plaisir... un moment qu'ils avaient longuement patienté... un instant qu'ils savourèrent avec ardeur...

Essoufflés, après quelques minutes de perditions, Gauvain, le sourire aux lèvres, contemplait de ses yeux amoureux Léon qui caressait une de ses joues... Camelot pourrait se faire envahir, qu'il s'en foutrait totalement, tellement il se sentait bien dans les bras de son ainé. Lové tout contre lui, il resta silencieux en appréciant agréablement les battements de cœur qui pulsaient sous son oreille. Une telle plénitude devrait être autorisée à toutes les personnes qui s'aimaient et, en pensant aux princes, Gauvain releva son visage sur son amant :

— Je voudrais tant que nos princes se retrouvent...

— Je le voudrais tout autant que toi, répondit Léon en se mettant à califourchon sur son jeune amant.

— J'ai donné l'invitation aux fiançailles de Mordred au roi Uther et, j'espère qu'Arthur viendra, dit-il en se faisant empoigner les bras avant que son vis-à-vis ne l'embrasse fiévreusement.

— Hum,... souffla Léon en s'éloignant légèrement des lèvres rougies du plus jeune,... il croit que c'est Merlin qui se fiance,... continua-t-il avant de lui mordre doucement le menton,... alors, j'espère qu'Arthur se réveillera parce que je sais qu'il l'aime...

— Tu en es sûr ? s'enquit le plus jeune dont le cœur s'accéléra...

— Aussi sûr que je t'aime,... répondit-il en s'allongeant de tout son corps avant d'ajouter d'une voix mielleuse,... d'ailleurs, je vais encore te le prouver...

Avant même que Gauvain ne puisse ouvrir la bouche, des gémissements franchirent de sa gorge qui le fit frissonner de tous ses membres. Dans les bras de son amant, tout devenait intemporel,... tout devenait comme un rêve éveillé... et, Gauvain aimait toutes ses sensations à s'en bruler les ailes car, comme le lui disait Merlin, si l'amour lui permettait de s'envoler alors, Léon avait la possibilité de les enflammer... juste pour le plaisir de les consumer avec lui...

... ...

Arthur marchait la tête dans les nuages. Les yeux perdus au milieu des couleurs de l'automne, il les regardait s'assombrir au fur et à mesure que le soleil cédait sa place à la nuit. Il repensait sans cesse à la conversation, ou plutôt à l'altercation qu'il avait eu la veille. Le visage incliné sur les pavés de la cour, il se souvint encore de la force de cet orage qui se peignait dans les yeux bleus azur de Merlin. C'était inéluctable : il l'avait blessé. En fermant quelques minutes ses paupières, il entendait inlassablement les reproches qu'il lui hurlait dessus. S'il pouvait revenir en arrière, juste au jour où il s'était présenté à lui, il changerait les choses. Il agirait autrement mais, il l'avait haï depuis qu'il avait su que sa promise était un garçon. Alors, comment rattraper son erreur après avoir dignement accepté les reproches de Merlin ? Comment faire pour effacer des maux que ce dernier semblait y tenir ?

Arthur, navré, autant pour le prince d'Albion que pour lui ne savait plus ce qu'il devait faire. Il leva son regard lorsqu'il entendit un palefrenier prononcer le nom de Gauvain. De loin, il le suivit jusqu'à la salle du trône et, le cœur palpitant, sans le croiser, il aperçut son père qui tenait une lettre à la main.

— Tu tombes bien, mon fils, dit-il en commençant à lire la missive,... je viens de recevoir l'invitation aux fiançailles du pr...

Un coup tonnerre sembla prendre possession de sa tête et, en reculant fébrilement de quelques pas, il ne voulait pas l'entendre... l'écouter à haute voix serait d'admettre la fin d'une histoire qu'il avait lui-même engendrée.

Arthur s'enfuit en tentant de retrouver le chevalier. « Non,... non, il ne peut pas,... non, Merlin... » Il ne pouvait pas lui faire ça ! Pris de mélancolie, il se dissimula derrière un épais rideau qui longeait le long du couloir pour lâcher sa propre colère contre lui-même. Une main calée sur son ventre, il sentit le mal le ronger de tout son être... La douleur qu'il éprouvait, il le savait : il le méritait. Néanmoins, en secouant nerveusement la tête, il était hors de question que la personne dont son cœur désirait maintenant, appartienne à une autre ! Il avait ses torts, certes mais, en serrant des dents, il l'aimait et ce fut la seule chose qui comptait pour lui.

Adossé au mur, il se ressaisit en calmant les tremblements de ses membres. Les paupières closes, il irait aux fiançailles et, quoi que le jeune Emrys en dise, il lui avouerait ses sentiments. Le souffle enfin régulier, il réalisa qu'il n'avait jamais autant pensé à une seule personne. Si l'amour devait le rendre un tant soit peu stupide, autant l'être jusqu'au bout ! se disait-il, parce que, peu importait la portée de la souffrance, il souhaitait avant tout que Merlin le croit et ce, malgré la distance qui les séparait par sa faute...

Il quitta sa cachette pour retrouver Gauvain et, le regard déterminé, il se résolut définitivement à récupérer Merlin. En sachant qu'il aurait surement désiré voir Léon, il se dirigea en direction des quartiers de ce dernier. Lorsqu'il arriva devant la chambre de son chevalier, il fut pris par le bras et, en relevant son visage, il discerna Lancelot qui l'attira dans la pièce d'à côté.

— Que faites-vous sire ? demanda ce dernier en refermant la porte de sa chambre.

— Je voulais discuter avec Gauvain, bredouilla-t-il,... je...

Les gémissements du jeune couple qui traversaient le mur firent violemment rougir le jeune prince puis, en toussant pour évacuer les images qui s'immisçaient dans sa tête, il écouta Lancelot :

— N'y allez pas, sire, reprit le chevalier l'air de rien...

— Où ? s'interrogea le jeune Pendragon qui ne savait plus sur quels pieds danser.

— Aux fiançailles de...

— J'irai quoi qu'il advienne ! cingla-t-il en toisant Lancelot qui n'osa pas lui parler de Nimueh,...

Sans attendre une réplique du plus âgé, Arthur sortit brutalement de la pièce. Il avait commis l'irréparable ! Et alors ! Allait-il continuer à se morfondre sur son sort ? Allait-il devoir écouter les sermons de toutes les personnes parce qu'il n'avait pas été capable d'être honnête avec Merlin ? Il comprenait son erreur et, loin de lui l'envie de laisser passer une chance que ce dernier puisse lui pardonner, il avait dans le regard une lueur de détermination qui en disait bien long sur sa décision.

... ...

Au royaume d'Albion, Merlin regardait les serviteurs s'affairer dans tous les sens pour les préparatifs des fiançailles de son jeune frère. Ce matin, en laissant une journée à son meilleur ami, il alla en direction du terrain d'entrainement où Elyan entrainait les plus jeunes. Adossé contre une barrière, les jambes croisées, il fixa un point imaginaire et, les pensées s'envolant au rythme du vent, il se mordit une lèvre en repensant à ce qu'il avait fait la veille... il avait failli enfoncer sa lame en pleine poitrine d'Arthur.

Ce n'était qu'en rentrant chez lui qu'il se rendit compte que toute sa colère s'était évanouie mais, le cœur palpitant encore pour le jeune Pendragon, il avait compris que la haine était si proche de l'amour et qu'au milieu de ce tourbillon de sentiments violents, il ne savait plus comment gérer ce qu'il ressentait. Combien de temps allait-il réussir à tenir ? Pour lui, plus rien n'avait d'importance, tout devenait sans saveur,... sombre,... et il n'attendait plus rien de la vie.

— Merlin ! entendit-il de la voix de son jeune frère.

— Mordred, dit-il en le voyant accompagné d'une belle jeune fille, milady,... dit-il en la regardant.

— Morgana Lefay, je te présente mon grand-frère, Merlin, déclara-t-il en souriant de toute sa jeunesse.

Ressemblait-il à Mordred lorsqu'il avait vu Arthur pour la première fois ? Si naïf et si stupide ? Insouciant et ignorant ? Il y avait dans les yeux de son frère, une telle lueur de bonheur qu'il ne voulait pas le blessé. Si au moins, une personne avait ce droit, c'était bien son jeune frère.

— Sire, c'est un honneur de vous rencontrer, murmura-t-elle en le contemplant de ses yeux gris,... je tenais aussi à vous remercier pour votre aide,... d'avoir repoussé les hommes de Cendred...

— Si cela était à refaire, je serais le premier à intervenir, répondit Merlin qui reçut un regard noir de la part de Mordred,... mais,... se reprit-il en rendant un sourire aimable à Morgana,... je suis ravi de vous savoir en sécurité...

Merlin qui ne désirait pas non plus rendre son frère malheureux s'approcha de lui et, en se penchant près de son oreille, il lui souffla : « je suis content pour toi... félicitation... ». Mordred, le regard étincelant, le remercia puis, en prenant la main de sa bien-aimée, il le laissa seul. Le cœur serré, un sourire se dessina sur ses lèvres car, au moins, le royaume d'Albion aura un bon souverain.

— Sire ! Votre majesté vous réclame ! entendit-il de la bouche d'un serviteur.

Inquiet par l'intonation de ce dernier, le pas rapide, il pénétra dans la salle du trône et, à l'image de la personne qui se retourna sur lui, il s'immobilisa. La mâchoire clairement serrée et la poitrine subitement comprimée, il la toisa de toute sa colère, revenue lui tirailler l'estomac. Très vite, il détourna son regard sur son père car, si cela n'avait tenu que de lui seul, il serait parti chercher son épée pour la planter le nombre fois nécessaire qu'elle lui aurait brisé le cœur.

Cette haine qui ne cessait de s'accroître au fond de son être était toujours quelque part en lui... il n'avait jamais été ainsi et, en se mordant rageusement la lèvre inférieure, il regretta amèrement d'avoir rencontré le jeune Pendragon. Le visage soudainement durci, il s'avança de quelques pas décidés et, sans un regard supplémentaire à cette maudite servante, il s'inclina devant son souverain.

— Père, vous m'avez fait demander ?

— Oui, mon fils,... dit-il en s'approchant de lui puis, en posant une main sur son épaule comme si le roi craignait qu'il ne s'emporte,... Guenièvre a été retrouvée errante dans la forêt avoisinante et,... je souhaitais avoir ton approbation pour la garder ici...

Interdit, Merlin jeta un regard en biais à son père avant de fixer froidement ladite Guenièvre qui lui avait volé... oui, VOLE l'homme qu'il aimait,... parce qu'à cause d'elle, elle l'avait souillée de ses mains et, le cœur horriblement serré, de son corps... Les mains en forme de poings, il se tourna entièrement vers elle et, d'un ton glacial, il déclara :

— Elle ne mérite aucunement notre attention ! Le royaume n'a pas besoin d'une fille de...

— Merlin ! coupa son père en croisant le regard sombre de son fils.

— Dans ce cas, père,... dit-il en se dirigeant vers la sortie,... vous n'avez nullement besoin de mon consentement...

— Elle a été envouté ! Elle n'y est pour rien ! s'écria-t-il en la montrant du doigt, regarde-là ! Elle n'est pas enceinte !

— Peu importe, père ! Comment pouvez-vous me faire demander cela ! s'écria-t-il en pivotant,... elle m'a humilié ! Elle m'a... coupa-t-il en se taisant la mâchoire tendue.

Merlin ne voulait plus y penser et, en plantant ses yeux dans ceux de Guenièvre, il n'y lisait que de la peur mais, énormément loin de lui pardonner, il écouta son père.

— Cassie l'a longuement ausculté et, d'après ses observations, elle était sous l'emprise d'une magie noire...

— Parfait... faites-en ce que vous voulez, dit-il sur le même ton,... tant que je ne la croise pas,... continua-t-il en ancrant ses yeux sombres sur Guenièvre,... car, je vous assure que je ne vous pardonnerais jamais ! s'écria-t-il en quittant la salle.

Envoutée ? Mensonge ! Arthur n'était pas ensorcelé lorsqu'elle l'a touché ! Pas plus, lorsqu'il lui avait soufflé qu'il aurait dû être une fille ! Au détour d'un couloir, tremblant, il s'adossa contre un mur. Merlin ne se faisait plus d'allusion, Arthur aimait les femmes et, jamais, ce dernier ne pourrait l'aimer comme lui pouvait ressentir tous ces sentiments à son égard.

... ...

Le soir à la lueur d'une bougie, allongé dans son lit, le jeune Emrys se demandait ce qu'il avait bien pu faire pour devoir supporter la servante puis, en roulant sur le côté droit, il chassa ses idées en balayant d'un geste de la main. Penser à elle serait lui donner trop d'importance et cela, il ne le voulait pas. Un bras plié sous sa tête, il aurait tellement voulu éviter cette cérémonie qui l'obligerait à revoir Arthur. Il se redressa lorsque la porte de sa chambre s'ouvrit sur Gauvain qui s'excusa de son intrusion. Merlin lui sourit en sachant qu'il rentrait à peine de Camelot.

— Comment te sens-tu ? demanda le chevalier en s'asseyant au bord de son lit.

— Je vais bien,... murmura-t-il en suivant du regard.

Gauvain, soulagé, retrouvait enfin son ami d'avant. Il n'y avait plus cette étincelante empreinte de colère au fond de ses yeux mais, tristement, il le sentait s'éloigner de la vie comme si, plus rien ne le retenait ici.

— Est-ce que tu...

— Non, Gauvain, coupa gentiment Merlin,... je ne suis plus en colère, je crois que ça m'a fait du bien de lui avoir dit tout haut ce que je pensais de lui, dit-il en fixant ses mains.

— Tu en es sûr ? s'inquiéta Gauvain en lui relevant le visage.

— Tu sais,... répondit le jeune Emrys sans une once de moquerie ou d'amertume,... quand j'ai vu Mordred et Morgana ensemble,... j'ai su que cela ne m'arriverait jamais et, je me suis fait une raison... bafouilla-t-il en dissimulant sa peine.

— Tu ne peux savoir ce que l'avenir te réserve et...

— Gauvain ! coupa durement le jeune Emrys,... je veux pouvoir croire que j'ai aussi le droit que quelqu'un m'aime pour ce que je suis ! Et non, parce qu'un contrat de mariage a été mis sur ma tête !

— Tu penses encore à ce que tu as vu dans ton cauchemar ?

— S'il te plait ! s'entêta Merlin,... cela n'a rien à voir avec ça ! Arthur n'est qu'un prince pourri gâté qui croit seulement qu'en me donnant des excuses que j'allais revenir comme si de rien n'était ! Il se trompe ! S'il ne dit que cela, ce n'est que pour avoir ce que j'ai refusé ! Et je sais qu'il préfère les femmes !

Le chevalier passa ses doigts dans la chevelure brune que le jeune prince avait coupée court. Son Merlin avait grandi et, sans savoir comment lui dire que tout était encore possible, il se contenta seulement de le fixer.

— Peut-être... reprit Merlin calmement au bout d'une minute de silence, que je suis trop jeune pour lui,... nous avons huit années d'écart,... et puis, je ne suis pas... une fille...

— Merlin arrête avec ça, souffla gentiment son ami en le regardant droit dans les yeux,... l'âge n'a rien à voir avec ça...

— Ce n'est pas grave Gauvain... finit-il par dire,... de toute façon, demain, j'ai promis à Bohort de passer un peu de temps avec lui alors... je veux croire que je peux être aimé...

Le chevalier serra des dents en comprenant ses paroles et, en évitant une conversation sans issue, il lui demanda seulement de ne pas faire de bêtise.

— Merlin,... aimer, ce n'est pas que d'une seule personne que cela doit venir mais de...

— Gauvain, s'il te plait,... coupa Merlin d'une voix lasse, j'avais une chance et, même si elle se représentait à moi, je préfère de loin ce que pourrait m'apporter Bohort qu'Arthur...

Le chevalier déposa un baiser sur son front et s'en alla en ruminant sa colère contre Nimueh. Elle avait réussi à briser son prince et, quoi qu'il puisse lui dire, il savait qu'il ne le ferait pas changer d'avis. Arthur arriverait-il à lui prouver qu'il l'aime ? Mais, Merlin lui accorderait-il une nouvelle fois sa confiance ?

... ...

Le lendemain, le jeune Emrys regardait par la fenêtre de sa chambre. Les nobles venaient en ce jour pour féliciter son frère. Il n'avait qu'une envie, celui de fuir sa vie... celui de partir loin d'ici... Le sourire forcé sur ses lèvres, la solitude sembla devenir sa seule amie. Vêtu d'un simple pantalon noir et d'un pull bleu foncé, il se contempla quelques minutes. Il n'avait pas le courage d'affronter les regards que son peuple poserait sur sa personne.

Son union avec le jeune Pendragon annulée, il ne lui restait qu'à accepter les avances du prince Lefay. Merlin avait longuement discuté avec lui en rentrant de leur victoire et ce dernier, en voyant que plus rien ne pourrait se passer entre Arthur et Merlin, lui avait proposé d'occuper cette journée.

Il sursauta en entendant un coup frappé à la porte puis, un sourire aux lèvres, Bohort entra.

— Bonjour ! dit ce dernier en secouant ses cheveux corbeaux.

— Bonjour, répondit faussement enjoué Merlin en tentant de se convaincre que ce prince pouvait lui apporter ce qu'Arthur ne lui donnerait jamais.

Le cœur serré malgré tout cela, il s'avança vers lui pour l'empoigner mais, Bohort l'enlaça en lui murmurant :

— Bienvenue dans la famille...

— Merci, bredouilla Merlin.

— J'aurais voulu savoir si,... débuta-t-il en prenant une bonne respiration avant de se lancer,... si vous étiez libre pour...

Devant la porte entrouverte, le jeune Pendragon scruta Merlin qui ne l'avait pas remarqué. Arthur semblait porter un autre jugement sur ce dernier et, à cette seconde, en remarquant que ses cheveux étaient plus courts, il le trouvait encore plus séduisant. Le visage plus détendu que la dernière fois et, le regard de celui-ci qui paraissait pétiller lui fit battre le cœur avec frénésie.

Cependant, en s'apercevant que les yeux de Merlin brillaient pour le prince Lefay, la jalousie s'immisça en lui. Alors, le corps tremblant, il se mordit la langue en sachant qu'il venait à peine de se ridiculiser devant une foule.

Quelques minutes plus tôt, dans la salle du trône, il avait vivement écarté Morgana de Mordred en croyant que ce dernier était Merlin. Il soupira en secouant piteusement la tête parce que, l'amour avait des raisons de le rendre deux fois plus idiot et, au point où il en était, il était prêt à éloigner toutes les personnes qui s'approcheraient trop près de son prince. D'ailleurs, il devait déjà commencer par Bohort.

— Non, il n'est pas libre ! tonna jalousement Arthur qui pénétra sans autorisation.

Bohort passa ses yeux sur les deux princes et, en hochant de la tête, il se prépara à sortir lorsque Merlin lui chuchota :

— J'en ai pour quelques minutes et je vous rejoins dans la salle...

— Bien,... répondit-il en saluant cordialement Arthur, je vais en profiter pour voir les fiancés...

Une fois seuls, Merlin toisa froidement Arthur. Pourquoi voulait-il lui parler ? La dernière fois, cela n'avait-il pas suffit ? Ou voulait-il encore l'humilié ?

— Sire, commença Merlin pour éclaircir leur situation d'une voix qu'il se voulait sereine,... écoutez, je ne vous en veux plus,... je vous ai fait part de ma colère concernant vos agissements à mon égard et, je peux aussi vous comprendre, dit-il en sentant son cœur se déchirer à chacun de ses mots mais, il devait les dire pour prendre un autre chemin que celui qu'il l'avait longuement envisagé,... un mariage ne doit être en ...

— Je t'aime... souffla Arthur qui s'avança pour n'être qu'à deux pas de lui...

— ... aucun cas une obligation...

Le cœur de Merlin venait d'exploser dans sa poitrine mais, muet, il chérit ses quelques mots qu'il avait si longtemps attendus. Seulement, il ne voulait plus retomber dans l'enfer de ses sentiments qui le meurtrissaient avec tant de douleur alors, il le fixa de ses yeux brillants. Le silence prit possession de ce moment où, tous les rêves auraient pu avoir une place or, ceux de Merlin n'étaient remplis que de regard noir d'Arthur posé sur sa personne.

Pourquoi le jeune Pendragon insistait-il ? Combien d'armure, Merlin pourrait-il se mettre sur le corps pour ne plus ressentir les coups de poignard ? Son visage était-il donc si transparent que cela ? Il aurait voulu que le mur qu'il avait érigé contre cet homme soit plus solide mais, les larmes de ses nombreuses blessures dévalèrent subitement sur ses joues. Arthur savait le briser et, les lèvres tremblotantes, il se haït de se sentir si faible !

— Dehors ! tonna-t-il soudainement en reculant.

Cependant, le prince Pendragon, décidé à lui montrer qu'il tenait à lui, le rattrapa et le plaqua doucement contre la porte puis, en plantant ses yeux dans ceux de Merlin, il sentit le souffle saccadé de ce dernier autant que son cœur battait la chamade. La main droite sur la joue du jeune Emrys, il effaça les perles en lui murmurant encore qu'il l'aimait. De rage, Merlin qui dû faire appel à toutes ses forces pour réussir à s'éclipser de ses mains en lui jetant un regard rempli de ténèbres :

— Vous ne m'avez pas écouté ! Arrêtez votre petit jeu ! hurla-t-il en cachant ses tremblements.

— Je t'assure que...

— Ne me tutoyez pas ! Je vous l'interdis ! s'écria-t-il en le coupant.

— Que puis-je faire pour que tu me croies, dit-il en l'empoignant avant de le blottir tout contre lui.

Arthur reconnaissait son Merlin,... le Merlin de ses débuts mais, il manquait encore le sourire béat sur ses lèvres. En resserrant son étreinte, il lui chuchota :

— Pardonnes-moi...

— Non, bredouilla-t-il en baissant son regard rougi... vous ne m'aimez pas, tenta de confirmer le jeune Emrys, vous ne faite que cela... parce que vous n'appréciez pas d'être rejeté...

Merlin ne voulait pas y croire et, en retenant de rage ses autres larmes au bord des yeux, il savait ce qui l'attendrait en acceptant une vie avec lui. Il ne voulait pas vivre à l'ombre d'un homme qui ne l'aimerait pas ! Il ne voulait pas se laisser mourir à petit feu ! Il ne voulait pas être celui qui dormirait dans la chambre voisine ! Ces images tenaces semblèrent brusquement réveiller en lui toute sa haine. L'amour n'avait plus de visage ! L'amour n'était qu'un mensonge et, ça, il l'avait bien compris alors, les mots,... ces mots n'avaient plus aucun poids face un avenir qu'il ne souhaitait nullement vivre.

— Je ne sais pas pourquoi vous vous obstinez, sire, répondit Merlin d'une voix soudainement maitrisée tout en se détachant violemment d'Arthur, je ne vous ai jamais aimé...

Le jeune Emrys se plantait douloureusement lui-même le coup de grâce mais, il n'y avait que ça à faire : résister aux sons de sa voix et surtout, à son contact.

— Tu mens,... je sais que tu...

— Arrêtez ! Sortez ! tonna-t-il en reculant.

— Bien,... finit par abandonner Arthur,... j'aimerais que tu prennes ceci,... c'est un livre que... enfin, je souhaiterais que tu lises la fin...

Merlin saisit l'objet en serrant des dents et, devant le regard de ce dernier, il lui cingla :

— J'ai tourné la page !

Puis, plus sérieux et décidé, il le jeta dans la cheminée où les papiers prirent rapidement feu.

— Non ! hurla le jeune Pendragon pendant que son interlocuteur quitta la pièce sans l'attendre et, en tentant de le suivre, il ajouta,... demain matin aux aurores, je t'attends au lac !

... ...

Merlin sortit, énervé, retrouver Bohort mais, ce dernier n'était pas dupe. Tous les deux marchaient tranquillement aux abords du royaume et, lorsque le prince Lefay le sentit plus calme, il engagea la conversation :

— Merlin,... vous devriez reprendre en considération ce qu'Arthur vous a dit...

— Non, répondit-il froidement en s'arrêtant à sa hauteur.

— Merlin, reprit gentiment Bohort, je vous apprécie beaucoup mais,... je ne veux pas tomber amoureux d'une personne qui a déjà donné son cœur à une autre...

— Mon cœur est libre,... souffla nerveusement le jeune Emrys en sachant qu'il se mentait à lui-même.

Le prince Lefay l'obligea à relever son visage et, en se penchant, il déposa ses lèvres contre celles de Merlin.

— Ressentez-vous la moindre émotion ? dit-il sans se moquer de lui,... Pensez-vous qu'en me choisissant, vous ne serez pas plus triste en le choisissant ?

Le jeune Emrys le regarda et, en s'avouant qu'il n'avait pas tort, son esprit se torturait de cette souffrance qui le tiraillait plus profondément. Il détestait ce qu'il éprouvait pour Arthur. Pourtant, il l'aimait toujours. Bohort ne lui en voulait pas, au contraire, il espérait l'aider à mieux comprendre la situation. Lorsqu'ils rentrèrent au château, il demanda à Merlin de bien réfléchir parce qu'il risquerait de regretter son choix.

... ...

Cette nuit, le jeune Emrys s'endormit avec une boule à la gorge. Les yeux fermés, au milieu de l'obscurité, une lumière bleutée et brumeuse s'empara du livre brulé pour la déposer instact à la place qui lui était dû. Le sommeil agité, Merlin se sentait très mal. Il ne cessait de remuer ses membres. Il rêvait et, quel étrange rêve était-ce ? En bas de la falaise, il regardait un corps tomber en chute libre sur le lac. Il gigota encore lorsque la scène se reproduisit plusieurs fois et, totalement en alerte, il sursauta en se réveillant le front en sueur. C'était Arthur... il allait sauter ! Non, il avait sauté !

Le regard affreusement hagard, il remarqua qu'il faisait déjà jour et, le corps extrêmement tremblotant, il aperçut le livre sur sa commode. Peu importait la manière dont il atterrit et, sans attendre, il le prit et se mit à lire la fin :

« Je n'ai pas su te dire combien je regrettais ce que j'ai pu te faire. Je n'ai pas su regagner ta confiance et, tu n'as pas tort de m'en vouloir car, je n'ai jamais cherché à te connaitre. Mais, tu sais, si, il devait avoir une fin à cette histoire,... à notre histoire,... ce serait que tu me rejoignes là où, tu m'as raconté la légende des amants éternels. Je veux te prouver que je suis sincère quand je te dis que je tiens à toi.

Je me souviens encore de ton sourire lorsque tu m'as raconté leur Amour Interdit. Tes yeux ne mentent pas Merlin. Ils m'ont poursuivi toute ma vie et ce, depuis le jour où je t'ai vu la première fois à ta naissance. Ils m'ont ensorcelé encore plus le jour où, tu m'as conseillé d'écrire une fin qui pourrait me plaire. Et, la conclusion de ce livre serait que tu me pardonnes... pour que tu me reviennes comme tu étais... simplement amoureux de moi...

Pardon, d'avoir été un imbécile.

Pardon d'avoir ignoré mes sentiments pour toi.

Pardon d'avoir cru que tu m'étais indiffèrent.

La première chose que j'ai pensée en voyant ton regard était de les comparer au bleu d'une étendue d'océan similaire à un ciel d'été... quand, je les regarde, je n'aime pas y voir des larmes mais, celles dont tu n'as pas arrêtées de verser en ma présence n'étaient seulement que de ma faute... Je me suis menti à moi-même et, j'ai envie de croire que tout ce que je ressens pour toi est encore partagé.

Je t'attendrais demain matin au lever du soleil et si tu n'y es pas, je sauterais pour toi.

Arthur Pendragon »

Affolé par cet aveu, Merlin s'habilla à la hâte en priant qu'il n'ait pas fait le saut ! De cette hauteur, il savait que cela ne présageait rien de bon et, en apercevant les rayons du soleil, son cœur rata plusieurs battements. Très vite, le corps chancelant, il sortit du château en heurtant Gauvain au passage.

— Où cours-tu ? demanda-t-il en le dévisageant.

Sans lui répondre, il prit son cheval et galopa en direction du lac.

A travers la forêt, les feuilles mortes s'envolèrent au rythme de la brise qui sembla le soutenir. Il repensait à la fin de ce livre et, en se mordant une lèvre, il se souvint de cet adolescent qui pleurait de ce jeune garçon dont le visage s'était estompé au fil du temps... les perles bloquées au bord des yeux, il se rappelait de s'être dit qu'il aurait aimé que son promis lui ressemble parce que, son sourire l'avait touché en plein cœur.

Etait-ce pour cela qu'il l'aimait déjà ?

Le souffle court et le corps tremblant de spammes incontrôlables, il arriva au bord du lac. Rapidement, il descendit de son cheval pour relever son regard au ciel mais, ses yeux accrochèrent immédiatement une masse qui flottait à la surface de l'étendue. Les yeux voilés de larmes, un étau invisible venait de comprimer sa poitrine. La gorge prise, il émit d'une voix brisée :

— Non ! Non ! Non !

En pleine panique, il hurla le nom qu'il chérissait tout en se jetant à l'eau et, en quelques brasses, il arriva, la peur au ventre, jusqu'au corps flottant. La pâleur du visage d'Arthur le poussa à crier fortement. La respiration soudainement saccadée, il le ramena difficilement sur la rive. Trempé et frissonnant de terreur, il se posa à califourchon sur le corps inerte du prince. Le cœur palpitant, il ne retint pas ses sanglots de regrets...

— Non ! Non ! Non ! réitéra-t-il en tiraillant sa gorge sèche,... qu'ai-je fait ? Arthur ! Non,... continua-t-il en prenant une main de ce dernier comme si il allait la lui serrer mais, la mort dans l'âme, elle resta immobile,... Non !

Les mains encadrant le visage du jeune Pendragon, il laissa échapper un hurlement de colère... puis, les paupières closes, il tambourina le torse de ce dernier en lui tonnant entre ses pleurs :

— Tu n'as pas le droit ! Tu, tu dois rester... avec moi !

... ...

Quelques heures plus tôt, le vent soufflait avec ardeur lorsqu'Arthur arriva en haut de la falaise. Le regard posé sur l'horizon, le soleil commençait à montrer ses premières lueurs matinales et, en patientant quelques minutes de plus, il n'aperçut nullement la présence de son prince. A quoi devait-il s'attendre ? La poitrine serrée, il avait cru un instant qu'il serait venu. La gorge nouée, ce fut avec tristesse que, les yeux flous, il s'avança fébrilement jusqu'au bord puis, immobile, il ferma dignement ses paupières pour croire en cette vieille légende : un Emrys et un Pendragon qui s'était avoué leur amour juste à cet endroit. Ils s'étaient aimés et, pour éviter la séparation, ils avaient décidé de mourir ensemble... pour pouvoir s'aimer librement.

« Ils étaient ensemble... pour l'éternité...Parfois, si nous prenons le temps de les écouter, les éclats de rire des amants éternels nous parviendraient comme un chant mélodieux et, si nous manquons cruellement de soutien, ils seront toujours là pour nous guider... et, qu'au-delà de toutes les limites, ils pouvaient aussi réaliser un vœu... » se souvint-il des mots de Merlin.

Alors, lentement en offrant son visage aux anges et, les bras écartés, il se laissa choir accompagné de toute sa mélancolie... le regard toujours clos, durant sa courte et rapide chute, il les ouvrit pour contempler le ciel qui lui rappelait les yeux de son prince. « Pardonne-moi Merlin... » murmura-t-il en sentant ses larmes s'évanouir au gré de son plongeon. La brise valsa autour de son corps et, comme si elle tentait de le porter, elle lui donna du temps,... le temps de quelques éternelles secondes, juste avant de toucher le lac. Elle soufflait à ses oreilles d'ouvrir son cœur,... puis, enfin, il entendit des éclats de rire à ses côtés. Entre ses airs, il écouta telle une romance oubliée des voix chaudes et aimantes.

« Wouaw ! Regarde ! Aujourd'hui, j'aurais la chance de voir l'un des miens aimer l'un des tiens...

— Oh, oui ! rit la seconde voix,... et, aimera-t-il comme tu m'aimes ?

— Bien sûr, mon ange... pourquoi penses-tu qu'il saute ?

— Hum,... et, si nous allions l'accueillir ?

— Pourquoi pas ?... hé, écoute ? s'exclama joyeusement le premier...

— Oui ?... hé ! il prie pour que Merlin lui pardonne !... Wouaw, il doit vraiment l'aimer !

— Hé ! s'outra le premier, c'est un Pendragon !

— Hum,... moi aussi, je t'aime mon cœur !... »

Aussi jeunes que leurs descendants, ils rirent de leurs bêtises...

... ...

Non loin du lac, deux personnes regardaient séparément le saut d'Arthur...

La première souriait de toutes ses dents, comblées d'avoir pu assister à la déchéance de ce prince ! Le bruit du corps qui heurta violemment la surface de l'eau lui raviva le cœur... Les yeux fermés quelques secondes, elle sentit comme un soulagement le dernier souffle du jeune Pendragon.

Heureuse que tous ces stratagèmes aient enfin pu lui donner satisfaction, elle partit sans se retourner.

La seconde, plus navrée, avait vu la descente aux enfers du jeune prince. Les yeux remplis de larmes, pour elle, il n'y avait plus d'espoir... Albion et Camelot allaient sûrement entrer dans une nouvelle guerre des territoires...

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Chapitre 7 / L'écho des rires


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