Chapitre 3 / La légende du lac d'Avalon



Le soleil était déjà levé depuis plus de trois heures lorsque Lancelot qui finissait sa ronde, fut surpris d'entendre deux voix féminines et, en ne reconnaissant que l'une d'elles, il put entendre :

— Ne vous inquiétez pas ma Lady, comprit-il de Guenièvre, j'ai fait ce que vous m'aviez dit,... je vous promets que d'ici-là ce soir, Merlin ne sera plus un souci...

En accélérant ses pas, le cœur battant, il distingua le bout d'une cape noire au détour d'un couloir et, en appréhendant une attaque contre le jeune Emrys, il partit retrouver son meilleur ami, Perceval aussi chevalier et Léon. Angoissé que cette servante ne veuille faire éclater une guerre entre les deux royaumes, il les retrouva dans la salle d'armurerie et, en apercevant Gauvain, il se tourna vers ce dernier d'un air grave :

— J'ai ouï dire que Guenièvre souhaitait que votre prince ne devienne plus un souci,... continua-t-il en passant son regard noisette sur Léon,... j'ai peur qu'elle ne s'en prenne indirectement à lui...

Le chevalier d'Albion, le regard noir, se leva subitement en tonnant :

— Ils sont partis tôt ce matin au lac d'Avalon !

— Qu'a-t-elle fait ce matin ? demanda Lancelot qui, sans dissimuler son inquiétude, tenta de réfléchir à la situation.

— Elle leur a servi le repas dans leur chambre, répondit Léon qui posa une main sur l'épaule de Gauvain.

— Hier soir, je lui ai demandé de s'écarter d'Arthur, leur avoua-t-il,... et, je n'ai pas du tout apprécié ses menaces... elle nous cache quelque chose...

— Perceval, reprit Léon, je veux que vous me la retrouviez et que vous la surveilliez...

— Fais attention, chuchota Lancelot en posant une main sur le bras de l'interpellé, elle n'est pas seule...

Perceval hocha la tête et partit à sa recherche.

— Bien, reprit Lancelot, je vais chercher Cassie et, retrouvons-nous à l'écurie, prêts à partir.

Sur ces mots, ce dernier quitta la salle pendant que Gauvain dévisageait froidement Léon.

— J'espère pour votre prince, raya le plus jeune en lui tournant subitement le dos, qu'elle n'a aucune importance à ses yeux,... parce que je vous assure que si elle fait du mal à Merlin, c'est ma lame qu'elle recevra en plein cœur !

Lorsque son jeune prince lui avait fait part de ce qu'il avait entendu le soir de son arrivée, il pressentait déjà que l'un des deux, Arthur ou la servante, était contre cette union. Les poings serrés, il n'admettrait pas que qui conque brise l'âme de ce jeune homme.

— Gauvain, murmura Léon en se plaçant face à lui,... je sais que...

— Que savez-vous des intentions d'Arthur ? coupa-t-il en gardant son regard rivé au sol.

Dépité de se rendre compte que jamais rien ne pourrait finalement se passer entre le chevalier et lui, il préféra enfermer ses sentiments dans un coin de son cœur et de se focaliser que sur son prince. Sans aucune réponse de son nouvel ami qui parut lui en dire bien long sur le jeune Pendragon, il partit en direction de la porte lorsque le chevalier de Camelot empoigna un de ses poignets :

— Gauvain !

— Vous êtes son chevalier,... souffla le plus jeune sans se retourner puis, la gorge serrée il ajouta,... je vous prie donc d'accepter mon refus de vous fréquenter... dit-il avant de se faire plaquer contre le mur par Léon.

Gauvain avait grandi avec Merlin et depuis leur tendre enfance, il ne se passait pas un seul jour où l'éclat de rire de ce dernier résonnait à travers le château. Il veillait sur lui comme un frère et, en agissant ainsi, il s'était déjà renseigné sur le compte du jeune Pendragon. Les échos n'étaient pas très élogieux et, avant d'en tirer des conclusions, il voulait au moins voir de quelle trempe il était fait. Force était de constater qu'Arthur ne méritait pas Merlin qui, contrairement à ce dernier, était encore jeune, plein de rêves et d'innocence.

La seule fois où le jeune Emrys avait cessé de sourire fut au décès de son chien, abattu par une maladie et, en découvrant que la mort faisait aussi partie de la vie, Merlin avait diminué son apprentissage à l'art du combat et il s'était tourné sur la médecine. « Je préfère sauver des vies que de la ôter ! » lui avait-il dit. Gauvain n'appréciait pas ce qu'Arthur faisait de son ami. S'il devait raccompagner le prince d'Albion chez lui, pour son bien, il le ferait car, bien que le protéger soit un devoir, il restait tout de même le petit frère qu'il n'avait jamais eu.

— Gauvain... chuchota le chevalier en posant une main sur la joue du jeune homme, pensez-vous réellement que je vais laisser ces deux imbéciles m'empêcher de vous voir ?

— Je... bredouilla le plus jeune qui sentait ses bonnes résolutions faiblir devant lui.

— A chaque tournoi, j'avais longuement espéré un jour tomber sur vous mais, vous étiez encore jeune et puis, au fil du temps j'ai patienté et, comme ce jour-là n'était pas encore arrivé,... reprit-il en lui relevant le visage,... quand j'ai su que Merlin arrivait, je savais que je voulais vous rencontrer...

— Léon, supplia Gauvain qui fuyait son regard noisette en comprenant qu'il l'avait vu évolué à travers ses combats.

— Non, lui murmura-t-il en se penchant dangereusement de son visage, vous êtes si près que je ne veux pas vous perdre...

Gauvain, le cœur explosant de mille feux, sentit les lèvres de son ainé se poser contre les siennes et, les mains sur le torse de ce dernier, il gémit en tentant de résister mais, l'attraction était telle qu'il ne put se détacher de lui. La veille, il avait réussi à le repousser mais, à cet instant, la chaleur de Léon était apaisante comme si ce dernier savait qu'Arthur pouvait un jour aimait Merlin. Le corps tremblant, le chevalier de Camelot s'écarta légèrement de lui et, en le fixant d'une lueur au fond de ses yeux, il lui murmura à l'oreille :

— Ne m'embrasses pas si tu ne le veux pas et,... je te promets de ne plus t'embêter...

Gauvain, partagé par son devoir et ses sentiments, ne voulait pas non plus le perdre et, en serrant de ses doigts les pans du haut de Léon, il allait lui répondre de vive voix mais, ce dernier n'ayant pas la réponse désirée commença à s'éloigner de lui. Très vite, Gauvain le tira violemment contre son corps et, sans l'embrasser, il cala sa tête au creux de son cou en lui demandant d'un timbre vibrant :

— Ne me fait pas ça,...

Il se sentait soudainement vulnérable et... enfantin mais, tant pis, ce n'était pas tous les jours qu'il avait la chance de trouver la personne qui lui ferait battre son cœur. Les paupières closes, les bras de Léon l'enlacèrent tendrement et ce dernier lui avoua à l'oreille :

— Cinq ans que je t'attends,... quelques jours de plus ne me tueront pas...

En l'écoutant, Gauvain relâcha la tension et, en relevant son visage, il sourit à son vis-à-vis en lui disant :

— C'est vrai ? Cinq ans que tu m'attends ?

— Oui, répondit l'aîné en resserrant son étreinte...

— Alors,... bredouilla le plus jeune en tortillant le haut de Léon,... même si les princes ne se marient pas,... tu voudras bien de moi...

— Mais... je suis à toi depuis bien longtemps...

Gauvain heureux d'entendre ses paroles, se permit enfin un regard canaille et il ajouta avec moquerie :

— Ha,... comme c'est étrange,... je ne savais pas que tu m'appartenais...

Léon rit à sa remarque et, en lui volant un baiser au passage, il lui prit la main quelques secondes pour se diriger en direction de l'écurie.

— Tu as vu, on se tutoie maintenant...

Côte à côte, Gauvain espérait vraiment que les princes se portaient bien et que cette Guenièvre ne leur aurait rien fait. Il s'empourpra lorsque Lancelot lança :

— Ben, dites donc,... vous en avez mis du temps, dit-il en les dévisageant tour à tour avant d'ajouter,... oh,... je vois...

Léon lui donna une tape derrière la tête en marmonnant :

— Vous ne voyez rien du tout mon ami...

— Alors pourquoi rougissez-vous sire ? persévéra-t-il en souriant de toutes ses dents...

En percevant le regard dépité de Léon, Lancelot éclata de rire en courant à l'autre bout de l'écurie pendant que Gauvain contemplait de son regard amoureux le plus âgé.

— Les jeunes, entendirent-ils tous de la bouche de Cassie,... vous vous croyez dans une cour de récréation ?

— Non, madame,... répondirent les chevaliers de Camelot le visage dépité avant de repartir en direction du lac avec le sourire.

Toute la nuit, Arthur n'avait cessé de rouler dans son lit. Le parfum de Merlin avait, cependant, réussi à détendre son corps puis, il s'était lentement endormi. Au milieu de ses songes, il entendait l'éclat de rire de Merlin et, loin de sa réalité, il avait envie qu'il lui prenne la main. Tout était doux et, comme s'il revivait sa première rencontre avec ce dernier, allongé perpendiculairement au corps adulte du jeune Emrys, Arthur sentait un sourire éclairer son visage.

Le regard océan plongé dans le sien, il aimait cet instant qu'il définissait comme magique. Un échange silencieux qui semblait le prendre au dépourvu, puis, finalement, il en conclut qu'il était simplement bien... soudain, dans un tourbillon sombre, les traits de Merlin disparaissaient doucement... son sommeil devint sans rêve... plus de couleur, plus de rire, plus de prince...

Une main sur le cœur, le jeune Pendragon se réveilla en pleine panique. Panique ? Jamais pareil sensation ne l'avait autant pris qu'à cette seconde et, en balayant la pièce de son regard affolé, il retrouva difficilement sa respiration. Les yeux fermés, il passa une main nerveuse dans sa chevelure blonde puis, en les ouvrants, il ne comprenait pas ce qu'il ressentait. S'en voulait-il pour la veille ? Surement se disait-il, après tout, il avait bien mérité les remarques du jeune Emrys. En soupirant fortement, il prit l'oreiller qu'il n'avait pas lâché de la nuit et, en y enfouissant son nez, il respira le parfum qui, déçu, commençait à s'évaporer.


Merlin avait dormi tranquillement. Arthur avait toujours envahi ses rêves et, malgré le comportement négligent de ce dernier, il ne lui en voulait plus. Son amour pour lui était-il aussi fort pour deux ? L'aimait-il au point de tout lui pardonner ? Mais, saura-t-il surmonter les blessures que ce dernier allait encore lui faire subir ? Le jeune Emrys pensait que ce sentiment était puissant. Peu importait le temps que cela prendrait, il avait la conviction que rien n'était fait au hasard,... peu importait le degré de toute la douleur car, si cela devait le mener à Arthur, il saurait la supporter mais surtout,... peu importait l'amour qu'il lui portait parce qu'il était déjà trop tard : il l'aimait.

Arthur et Merlin arrivèrent au lac après deux heures de galops et, le sourire aux lèvres, le jeune Emrys était heureux d'être en compagnie du jeune Pendragon. Bien qu'il lui en veuille, Merlin ne gardait jamais sa rancœur aussi longtemps. La douce brise balaya ses cheveux bruns et, en courant au bord du lac, il se tourna sur Arthur. Vêtu d'un pantalon en toile noir et d'un haut en lin blanc, il le trouvait toujours aussi séduisant. Il ne pouvait pas empêcher son cœur de battre avec frénésie lorsqu'il n'était pas loin de lui. En le voyant avec un sourire sur le visage, les joues empourprées, il fixa soudainement l'étendu d'eau en lui demandant :

— Vous savez que le lac porte aussi le nom des amants éternels ?

Le prince de Camelot qui voulait arranger un peu les choses entre eux avait eu l'idée de l'emmener en promenade et, intérieurement, il avait envie de le connaitre un peu plus.

— Non, répondit-il en s'asseyant,... je ne savais pas,... poursuivit-il en lui faisant signe de prendre place à ses côtés, mais, tu vas me le raconter, n'est-ce pas...

Merlin croisa le regard fuyant d'Arthur dont il ne comprit pas le geste et, content de voir qu'il n'y avait aucune moquerie de sa part, il s'assit et commença d'une voix vibrante :

« Il se raconte qu'il y a déjà plusieurs années, un Emrys et un Pendragon se seraient très fortement aimés. Leurs royaumes respectifs étaient encore en guerre et, malgré les interdictions de leurs parents, ils se contentaient de venir sur la falaise qui nous fait face, dit-il en la désignant de son index. Il paraîtrait qu'ils se seraient avoué leur amour tout en haut mais, ce jour-là, un des chevaliers de Camelot avertit le souverain de son attachement au prince adverse. Son père le menaça de lui interdire l'accès au trône et l'enferma dans les cachots, durant plusieurs semaines pour qu'il réfléchisse à ce qu'il faisait à son propre royaume.

Mais, votre arrière-grand-père, dit-il en apercevant Arthur qui le contempla quelques secondes avant de détourner le regard sur le lac,... encore jeune, aida son grand frère à s'enfuir du château pour qu'il retrouve l'homme qu'il aimait. Lorsque le prince d'Albion put enfin le revoir, ils se seraient juré de ne plus se quitter et, en sachant que leur union ne verrait jamais le jour,... ils se donnèrent l'un à l'autre avant de,... se jeter du haut de la falaise. Il se raconte qu'ils s'embrassèrent jusqu'à manquer d'oxygène pour se laisser emporter par le souffle de la mort.

Aucun des deux n'avait averti qui conque et puis, pourquoi l'auraient-ils fait, si cela ne les avait fait que s'éloigner l'un de l'autre. C'est votre arrière-grand-père qui retrouva les dépouilles et, là où nous sommes actuellement, personne n'avait réussi à séparer les corps enlacés,... alors, les deux souverains qui venaient de perdre chacun un fils, les firent brûler sur une barque, au milieu du lac pour qu'ils reposent en paix... et c'est en partie grâce à eux que la prospérité commença lentement à s'instaurer entre les deux royaumes...Pendant que leurs corps se consumaient par le feu, les couples souverains entendirent les rires joyeux de leurs enfants... un rire...»

Merlin déglutit tant il aimait ce passage avant de reprendre :

« Juste des échos de rire qui leur prouvaient que leurs enfants partaient heureux... car, ils étaient ensemble... pour l'éternité...Parfois, si nous prenons le temps de les écouter, les éclats de rire des amants éternels nous parviendraient comme un chant mélodieux et, si nous manquons cruellement de soutien, ils seront toujours là pour nous guider... et, qu'au-delà de toutes les limites, ils pouvaient aussi réaliser un vœu... Le prince de Camelot avait trouvé son âme sœur,... finit-il par lui dire d'une voix qui ne cachait pas son émotion. »

Quand Merlin finit de raconter cette histoire qui sonnait plus comme une légende, Arthur ne se souvenait pas du tout de cette partie-là. Jamais personne ne lui avait dit qu'un de ces ascendants était tombé amoureux d'un homme et, qui plus est, de la famille Emrys. Cependant, il admit que l'histoire était touchante mais, bien qu'il tente de se rattraper, il n'avait toujours aucune envie de se marier avec lui. 

Le silence s'invita cordialement pendant que le vent soufflait avec légèreté et, Merlin, les bras autour de ses genoux, contemplait le paysage qui n'avait sûrement pas changé en deux générations. Les paupières closes, il avait au fond de lui cette petite espérance que les amants éternels le guideraient parce qu'il aimait éperdument Arthur... et, pour l'instant, il savait que rien ne serait facile mais, il voulait croire que ce dernier n'était pas réfractaire à leur union.

Soudain des cris retentirent au loin derrière eux et, le pas vif, le jeune Pendragon se saisit de son épée et, en position de défense, il braqua la lame contre les trois assaillants qui se jetèrent sur eux. Merlin, trop éloigné de sa monture, ne put prendre la sienne et, un bras protecteur d'Arthur l'empêcha d'aller la rejoindre. Le jeune Pendragon réussit à en mettre un au sol quand le second s'attaqua à lui tandis que le troisième les contourna prêt à planter la lame dans le torse de Merlin. D'un coup rapide, Arthur tua le second et, le cœur affolé, il se retourna pour parer le coup et, d'un revers, il planta durement le dernier homme. Essoufflé mais, fier de lui, il sourit en regardant le jeune Emrys qui n'eut pas le temps de lui répondre qu'il s'effondra en maintenant une blessure au bas de son ventre.

— Merlin ! s'écria Arthur en le soulevant.

Paniqué, il déchira rapidement le haut du jeune homme et, en enlevant le sien, il courut jusqu'au lac pour l'imbiber d'eau. En apercevant le sang qui coulait abondamment, il commençait à regretter d'être parti loin du château. Les mains tremblantes, il murmura :

— Merlin ? Tu m'entends ?... faites qu'il s'en sorte, pria-t-il,... c'est père qui va m'en vouloir... Merlin ?

Les yeux clos, le jeune blessé entendit les mots d'Arthur avant de sombrer lentement dans le noir.

Ce n'est qu'une heure plus tard qu'il papillonna des paupières et, en sentant un poid sur son torse, il ouvrit enfin son regard. En premier lieu, il aperçut un feu de bois à ses côtés puis, il discerna les parois rocheuses d'une grotte. Une douleur fulgurante le fit gémir quand il tenta de soulever le bras d'Arthur qui l'empêchait de respirer correctement. Ce dernier qui se réveilla à ce geste lui sourit en lui demandant comment il se sentait.

— J'ai encore mal mais, ça ira,... répondit-il en croisant futilement le regard bleu du jeune Pendragon, et, merci... souffla-t-il en rougissant.

Il venait de se rendre compte que le blond était torse nu et que son haut était déchiré, dévoilant le sien. Arthur avait dû se servir de sa veste pour le caler sous sa tête et, le cœur palpitant, il se disait qu'il n'avait pas si mauvais fond.

Deux heures plus tôt, le jeune Pendragon luttait contre une étrange envie soudaine... Durant le début du sommeil de Merlin, il n'arrivait pas à détacher ses yeux de la peau opaline de ce dernier. Du bout de ses doigts et, le souffle court, il effleura le torse du jeune homme. Il regardait avec merveille le mouvement de la cage thoracique et, hypnotisé, il posa une paume sur l'emplacement du cœur. 

Les battements réguliers de celui-ci le firent grandement sourire. Arthur ne voulait pas et, comme s'il était totalement envoûté, il ne put empêcher ses doigts de continuer à le caresser. Il appréciait la douceur de cette peau chaude qui se collait à la sienne. Puis, la raison prenant le dessus, il lutta en se disant que ce n'était pas bien alors, il plaça son bras sur la poitrine du jeune homme et, se laissa emporter par le sommeil.

Tous les deux réveillés, les yeux d'Arthur accrochèrent le regard bleu océan du jeune blessé et, comme toujours, les siens le troublaient... il y avait une touche de ciel azur mêlé d'une dose de naïveté... un regard qu'il n'arrivait plus à se détacher... Il paraissait rêver les yeux ouverts. Pourtant, quelque chose n'allait pas, il le sentait mais, tout cela était plus fort que lui. Il dirigea son regard sur les lèvres de Merlin et, le cœur battant frénétiquement, il apercevait sa langue qui remuait à l'intérieur de sa bouche... Il ne comprenait pas,... il avait envie de la sentir danser contre la sienne mais, non,... ce n'était pas lui,... il ne pouvait pas faire cela...

Merlin qui le contemplait n'arrivait pas déchiffrer le regard étincelant d'Arthur. Il y avait au fond de ses prunelles une lueur étrangement brillante puis, en sentant une main de ce dernier passait sous son dos, son corps s'enflamma subitement à ce contact. Le corps cambré, même la douleur ne lui faisait plus mal tant la chaleur du jeune Pendragon l'envahit. Les paupières closes, maintenant, il savait que c'était pour lui que son cœur battait, seulement pour cet homme. Ce ne fut qu'en gémissant que les lèvres chaudes et humides d'Arthur se posèrent contre la peau de son cou. Des baisers brulants que Merlin, un brin paniqué et ravi, savoura ce moment tant attendu. Une caresse des plus douces qui l'emmenait dans un paradis de nouvelles sensations.

Arthur n'en pouvait plus de voir cette peau nue et, en déposant des baisers aux creux du cou du jeune homme, il sortit légèrement le bout de sa langue pour mieux le goûter... le regard clos, il savait qu'il aimait ça mais, comme si ses gestes étaient incontrôlés, il ne pouvait qu'accepter ce que son corps réclamait... puis, en écoutant les gémissements du jeune Emrys, il lui souffla à l'oreille :

— Hum,... tu gémis comme une fille,... tu aurais dû être une fille...

Merlin, en l'entendant, aurait dû se douter qu'Arthur trouverait les mots blessants pour mieux le poignarder et l'humilier. Il le repoussa violemment en lui hurlant :

— Je crois que vous pourrez vous passer de moi pour ça !

Ce n'est qu'à ce geste que le jeune Pendragon sembla reprendre ses esprits et, en fixant les yeux humides de Merlin, il lui marmonna naturellement :

— C'est bien ce que tu voulais...

En tentant de lui tourner le dos, Merlin sentit des larmes de déceptions lui brûler les yeux et, en les bloquant rageusement, il se mordit douloureusement les lèvres. Il avait cru un instant qu'Arthur l'aimait mais, le cœur déchiré, il regretta d'avoir pu imaginer une seconde qu'il aurait de l'attention pour lui... Une fille ! Tout ça parce qu'il était un garçon ! Tout ça parce qu'une force stupide avait décidé qu'il devait naître comme tel et qu'en plus, il devait supporter les sarcasmes de cet abruti de prince !

— Je ne vous permets pas de me tutoyer ! lui hurla-t-il quand, il entendit les voix lointaines des chevaliers.

Arthur ne comprenait pas ce qui venait de se passer et, en voulant s'excuser, il bredouilla en fixant piteusement le dos du jeune homme :

— Je suis...

— Taisez-vous ! coupa agressivement Merlin en grinçant des dents.

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Plus tard, en fin d'après-midi, lorsque Cassie finit de soigner la blessure du jeune Emrys, Gauvain décida d'aller le voir. En pénétrant dans la chambre attenante du médecin, Merlin, adossé à la tête du lit avait les yeux baissés. La mine défaite de ce dernier lui enserra la poitrine mais, le sourire presque forcé sur ses lèvres, il lui demanda si, hormis l'attaque, Arthur avait été correct avec lui. Au lieu de lui répondre, Merlin leva son regard vide et brillant :

— J'aurais dû être une fille, lui souffla-t-il en retenant ses larmes de tristesse.

— Ne dis pas ça Merlin, dit-il en s'asseyant au bord du lit et, en lui prenant une main,... pourquoi penses-tu à ça ?

A cette question, un silence suivit durant plusieurs minutes. Gauvain voulut le rassurer mais, ce dernier retira sa main de la sienne pour la poser sur le torse de son ami et, en le repoussant légèrement, il lui murmura :

— Arrête de me voir comme un enfant,... je suis assez grand pour tout encaisser...

Le chevalier était certain que le jeune Pendragon avait encore réussi à le blesser et, en conservant toute sa colère, il se contenta de rester auprès du jeune homme. Trois jours seulement en compagnie du jeune prince et Merlin était en train de changer... En serrant durement sa mâchoire, il l'accompagna jusqu'à sa chambre.

Cassie, inquiète de rencontrer le silence de Merlin, laissa son fils avec ce dernier pour aller dire deux, trois mots à cet Arthur. Elle craignait que la malédiction n'ait pris une toute autre tournure et, en sachant ce que lui avait raconté Lancelot, elle était certaine que, Nimueh, celle qui avait lancé ce maudit sort était encore derrière toute cette histoire. Il fallait qu'elle en ait le coeur net. Lorsqu'elle eut l'autorisation d'entrer dans la chambre princière, elle contempla le jeune Pendragon qui, debout face à elle, paraissait désolé.

— Sire, dites-moi, commença-t-elle, ce serait-il passé un événement dont vous voudriez me faire part ?

Arthur, déboussolé, voyait en elle tout le dévouement qu'elle accordait à Merlin et, le corps tremblant d'incompréhension, il lui raconta seulement qu'il avait eu envie de l'embrasser mais, que tout cela était contre son gré.

— Je ne sais pas, répondit-il, mais, j'ai lutté...

— Si vous n'avez rien fait de mal, alors pour quelle raison Merlin est-il si tendu ?

Le maitre du lieu prit quelques secondes de silence et, en plantant son regard sur son interlocutrice, il tenta de lui avouer d'une voix si basse que Cassie dut tendre l'oreille :

— J'ai baisé son cou...

— Si vous ne vous sentiez pas coupable, je pense que vous vous seriez déjà excusé depuis longtemps,... répondit-elle froidement, Merlin est peut-être jeune mais il est loin d'être stupide !

— Je le voulais ! coupa-t-il.

— Qu'est-ce qui vous a empêché de le lui dire ? lui demanda-t-elle furieusement puis, en reprenant son calme,... sire, avez-vous des sentiments pour lui ?

Il se posta devant sa fenêtre et, en dissimulant son désarroi, il ne le savait plus lui-même. Il avait toujours détesté l'idée de se marier avec un homme mais, jamais, il n'aurait cru que ce dernier arriverait à le toucher. Il revoyait encore Gauvain penché sur Merlin et, leurs regards qui se fixaient comme si une connexion existait déjà entre eux. Ensuite, il y avait eu ce simple baiser qui, au fond de lui, ne voulait rien dire mais, d'avoir pu assister à cet échange, il admit tardivement que ce devait être lui qui aurait dû faire ce simple geste.

Alors, à savoir si il l'aimait,... cela il n'aurait su y répondre. Après tout qu'était-ce donc que d'aimer une personne ? Il aimait se battre avec ses chevaliers, il aimait sentir le vent sur son visage, il aimait entendre le timbre du rire de Merlin, il aimait sentir son parfum... Non, il ne savait pas...

— Je ne l'aime pas... souffla-t-il comme s'il tentait de convaincre son propre cœur qui parut soudainement se serrer à cette annonce.

— Bien sire, répondit Cassie en voulant le laisser seul mais elle s'autorisa à poursuivre,... vous savez,... aimer une personne ne consiste pas à la regarder et de se taire,... c'est d'être loin d'elle qui fait que vous savez qu'elle vous manque,... c'est de comprendre que sa présence vous est nécessaire pour pouvoir créer vos souvenirs communs,... c'est de lui montrer toute l'affection que vous avez pour elle,... mais surtout, vous vous sentez mourir quand elle n'est plus à vos côtés,... alors, si vous ne ressentez vraiment rien pour lui, dites-le lui avant de le briser définitivement...

Arthur, au milieu de sa chambre vit Léon entrer après le départ de Cassie et, sans avoir pu dire quoi que ce soit, il l'entendit lui hurler :

— Qu'avez-vous fait ?

— Que veux-tu dire ? coupa le jeune prince en croisant nerveusement ses bras.

— Avez-vous vu dans quel état Merlin était ! répondit Léon, vous n'avez pas idée des conséquences que cela pourrait avoir pour l'alliance !

— Je le sais Léon ! Mais, Cassie en tant que guérisseuse l'a bien soigné que je sache... contrecarra-t-il.

Le visage dur, le chevalier toisa de son regard courroucé son prince :

— Oh, parce que la blessure n'est plus là, vous vous en lavez les mains ? dit-il en contenant la déception qu'Arthur devenait de plus en plus à ses yeux.

— Non, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire,...

— Alors, pourquoi Merlin est-il... si silencieux ?...

Léon prit une seconde de pause et, en posant une main sur l'épaule d'Arthur, il lui demanda calmement :

— Avez-vous fait ou dit quelque chose qui aurait pu le contrarier ?

Arthur, mal à l'aise et habitué à se confier à ce dernier, lui avoua :

— Je,... je ne sais pas ce qui m'a pris mais,... oui, j'ai eu des gestes mal placés et,... et,... je lui ai dit qu'il aurait dû être une fille... mais, c'est sorti de ma bouche sans que...

— Oh,... vous voulez dire que vos pensées ont franchi vos paroles! dit-il avec sarcasme.

— Je ne sais pas,... répondit-il, dépité, en se postant devant sa fenêtre.

— J'aurais une autre question,... lui demanda Léon,... comment se fait-il que Merlin ait été blessé ?

— Nous avons été pris par surprise et il n'avait pas son épée à portée de main...

— Sire, sauf erreur de ma part, il me semble que lorsque vous étiez en compagnie de Lady Viviane, vous avez su gérer quatre hommes et...

Arthur leva une main en voyant où il voulait en venir et, en se tournant sur son chevalier, il lui demanda d'un regard sombre :

— Pensez-vous que j'aurais fait exprès qu'il se fasse planter ?

— Je ne sais pas, sire... à vous de me le prouver... lâcha son chevalier sur un ton déçu et peu convaincu. Mais, de votre propre chef, auriez-vous osé le toucher ?

— Jamais sans sa permission, répondit-il hâtivement...

« C'est pour ça que j'ai difficilement lutté pour ne pas l'embrasser » se disait mentalement Arthur comme s'il savait que ce simple contact était important pour le jeune Emrys.

— Au moins, c'est honnête,... dit-il avant de lui dire, oh, il faudrait aussi que nous parlions du cas de Guenièvre...

— Pourquoi ? s'étonna la prince.

— Pour le moment rien n'est sûr mais, éloignez-vous d'elle...

— Qu'avez-vous tous contre elle ? s'indigna Arthur qui pensait que cette attaque n'était dû qu'au fait qu'il la voyait assez régulièrement.

— Sire, si un choix s'imposait à vous,... elle ou Merlin, qui prendriez-vous ?

— Personne ! répondit-il un brin énervé.

— Bien, dans ce cas, Lancelot veillera à ce qu'elle ne vous approche plus... dit-il en quittant la chambre.

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Léon, en franchissant la porte, aperçut Merlin et Gauvain devant la leur et, nul doute qu'ils avaient surement entendu une partie de leur discussion.

— Sire Emrys,... dit-il en s'approchant d'eux, comment vous sentez-vous ?

Le jeune homme pivota en lui disant qu'il allait se coucher plus tôt et, lorsque plus tard, Léon trouva Gauvain à l'armurerie, il le sentit encore plus tendu.

— Dis-moi que c'est Guenièvre qui est derrière tout ça ? commença Gauvain avec rage, dis-moi que cette servante sera bannie ?

— Elle le sera, répondit Lancelot suivi de Perceval.

— Je l'ai suivie toute la journée et, reprit ce dernier, figurez-vous qu'elle complote avec la belle-sœur du roi Uther pour qu'Arthur se plante royalement... il semblerait que Guenièvre ait volontairement mis une potion qui devait le pousser à agir bêtement auprès de Merlin ?... et, je crois que cela perturbe son jugement...

Sur ces mots, Gauvain saisit agressivement son épée et, sans attendre la moindre réaction des trois chevaliers, il tonna :

— Je vais lui faire goûter ma lame et la traîner au milieu de la cour !

— Gauvain ! s'écria Léon en le rattrapant...

— Il nous faut des preuves...

— Je me fous des preuves ! Je ne suis pas de votre royaume et, dit-il furieux en les pointant du doigt, de plus, je ne défends que les intérêts de mon prince, grinça-t-il durement entre ses dents avant d'ajouter, Lancelot et Perceval n'auront qu'à dire à Arthur ce qu'ils ont entendu... moi,... moi, je la forcerais à cracher le morceau !

Léon réussit tant bien que mal à le calmer et, tous ensembles, demain, ils en aviseraient au jeune prince.

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Cette nuit-là, Arthur roula au milieu de son lit. Tiraillé par tout ce qu'il ressentait, il ne pensait pas un jour aimer Merlin,... il se refusait de croire en cette évidence et pourtant, il était certain d'une chose : ne plus vouloir revoir ces perles accrocher aux coins des yeux océan... 

Quant à Merlin, il serrait fortement entre ses mains les draps de son lit et, tristement, il réalisait que l'amour était un sentiment qui pouvait facilement être dévastateur. Son cœur, il le sentait, se brisait lentement puis, dans un dernier espoir, il savait qu'il ne laisserait qu'une dernière chance à Arthur parce qu'après, il se disait qu'il n'en supporterait pas plus...

En dehors du château, deux ombres se faufilèrent entre les arbres de la forêt :

— Je ne comprends pas, ma lady,... bredouilla la servante, Arthur aurait dû être encore plus coriace...

— Ce n'est rien,... répondit la seconde femme d'une voix froide, je crois que le jeune Pendragon aurait vite succombé à son charme, grinça-t-elle en se raclant la gorge,... c'est ce petit morveux d'Emrys qui fout mon plan en l'air...

— Qu'allons-nous faire ?

La plus âgée posa une main sur l'abdomen de la jeune femme et, en ricanant, elle lui murmura :

— Demain est un autre jour,... et avec ce que je prévois, Merlin devra le haïr et... Uther regrettera de ne pas m'avoir prise comme épouse !

Un rire froid et strident s'envola à travers la forêt en faisant partir les quelques oiseaux qui les entouraient.



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