Chapitre 2 / Le parfum



Une douce odeur flottait tout autour de lui... elle avait un arrière-parfum de fleurie qui lui chatouillait le bout du nez depuis plusieurs minutes. Arthur s'étonna d'apprécier cette senteur suave qui l'avait enveloppé toute la nuit. Insaisissable et fuyante, elle l'avait emmenée au milieu d'un rêve où les plus beaux orbes bleus l'avaient autrefois émerveillé, un regard innocent qu'il avait reçu comme un cadeau, juste un rappel qu'à cette époque où tous les deux, enfants, s'étaient déjà attachés.

Il y avait aussi cette chaleur attirante à ses côtés, elle paraissait s'accorder avec la sienne... Appuyé sur son épaule gauche, sa main était calée sur une hanche... et, encore en plein songe exquis, elle glissa lentement sur le fin tissu qui le séparait sûrement d'une peau douce... Puis, il grogna doucement quelques secondes... avant de se réveiller, les yeux grands ouverts, et de réaliser que le corps appartenait à Merlin. Il recula brutalement et, par chance ce dernier dormait encore, il se leva rapidement.

Debout, face au lit, son corps entier eut un mouvement de dégoût qui le fit tressaillir de bas en haut, jusqu'à faire secouer ses épaules... il venait de caresser son futur ex-époux d'une main. Tout en tremblant à l'idée d'être un jour celui qui devrait s'unir à ce jeune gamin lui donna presqu'envie de vomir tant l'image qu'il se fit d'eux sembla envahir sa mémoire. Non, il ne le pouvait pas, tout cela n'était qu'une idée absurde des rois !

Lorsque Merlin se réveilla doucement, il ne chercha pas à savoir si Arthur était encore dans la chambre. Les yeux encore ensommeillés, il haïssait ses nuits où le jeune Pendragon prenait trop de place dans ses rêves. Malgré ce qu'il avait entendu la veille, il l'aimait encore, cependant, il ne lui pardonnait pas sa façon de lui adresser la parole. Il perçut un coup frappé à la porte en s'asseyant au bord du lit et, à cette seconde, il entendit la voix d'Arthur qui résonna dans la pièce :

— Entrez.

Ce dernier était derrière le paravent et, en y sortant, Merlin détourna ses yeux et, en les dirigeants vers la porte, un sourire se dessina sur ses lèvres : Gauvain, son cher ami, était là.

— Bonjour, sire, dit ce dernier en s'avançant vers le prince Arthur tout en s'inclinant avec respect,... Gauvain, ami et chevalier du royaume de Balinor.

— Enchanté, répondit seulement son interlocuteur qui les abandonna après un dernier salut de la main.

Merlin attendit que son futur époux sorte pour se jeter joyeusement dans les bras de son ami.

— Gauvain ! Tu as pu te libérer ! s'écria vivement le plus jeune en le serrant fortement tout contre lui.

Une étreinte que seul Gauvain avait le droit d'avoir. Ce dernier, trois ans de plus que son cadet, avait grandi avec le petit prince d'Albion et, comme un grand-frère, il veillait toujours sur lui. Lorsque le chevalier se détacha de lui, il le contempla quelques secondes et, à côté d'une fenêtre, Merlin s'adossa contre le mur en perdant progressivement son sourire.

— Alors, comment te sens-tu ? lui demanda Gauvain en se plantant devant lui.

Le chevalier n'aimait pas le regard soudainement voilé de tristesse de son jeune maitre et, en contenant toute la rage au ventre, il écouta son prince lui demander :

— Est-ce que je suis,... moche ?

Gauvain, les yeux noirs d'éclairs, posa durement sa main gauche à côté de la tête de ce dernier et, en pliant une de ces jambes pour mieux le visualiser, força Merlin à lever son regard vers lui.

— Qui t'as-dit cela, mon beau ? dit-il en lui relevant bien haut le visage avec sa seconde main, moi, je vois, un jeune homme qui a beaucoup de charme, un jeune prince qui a le plus merveilleux des sourires,...

Gauvain avança dangereusement son visage de celui de son prince puis, il lui souffla à l'oreille gauche :

— Tu ne serais pas prince, moi, je me serais permis de te faire la cour à outrance et, après, je me serais jeter sur toi...et, surtout, je n'aurais pas attendu un mariage pour te toucher,...

Ces quelques mots eurent l'effet de faire violemment rougir Merlin. Une moue pitoyable se dessina sur les lèvres de l'aîné qui le fit éclater de rire et, en s'éclipsant de l'emprise de ce dernier, il se mit à courir à travers la pièce. Gauvain, soulagé, préférait le voir autant agir ainsi et, pour lui, le sourire de son prince était le signe qu'il était encore capable de prendre sur lui. 

En le regardant rire de ses bêtises, le chevalier se mouvait comme un félin sous l'oeil attentif de ce dernier puis, il réussit à l'attraper en l'enlaçant par la taille. Son torse contre le dos du prince d'Albion, il posa son menton sur l'épaule du plus jeune et lui chuchota :

— Tu es bien plus adorable quand tu souris !

Merlin qui reprit un peu de son sérieux se retourna et, avec difficulté en posant ses paumes sur le torse de son ami, il lui marmonna à l'oreille ce qu'il avait entendu la veille. Une colère sourde sembla prendre le chevalier jusqu'au cou et, en se retenant de toutes ses forces, il fixa les yeux de son prince. Un regard dont une gêne parut refléter sa mélancolie... Il déglutit et, en sachant qu'il n'était pas là pour gérer le problème de son prince mais, seulement celui de le soutenir, de sa voix amicale il lui dit :

— Tu sais Arthur est plus âgé que toi et, il a des besoins qui...

— Gauvain ! s'exclama Merlin rouge comme une tomate, je sais tout ça mais,... dit-il en agitant les bras de chaque côté.

— Merlin,... reprit-il plus doucement,... as-tu au moins entendu la femme avec qui il était lui répondre ?

Ce dernier secoua la tête...

— Alors, ne t'inquiète pas pour ça, répondit-il en posant une main sur son épaule,... il est et sera entièrement ton époux...

Merlin se força à lui sourire et, en se dépêchant, il alla derrière le paravent pour se changer avant de lui faire le tour du château.

Arthur qui faisait mine de partir fut légèrement curieux de connaitre ce chevalier d'Albion. Contrairement à Merlin, ce dernier avait une bien meilleure carrure et, en restant vers l'entrée, il écouta la voix de son futur époux. Elle était différente, étonnamment plus chaleureuse et amicale puis, en avançant un peu son regard, il fut frappé par l'image de ces deux jeunes hommes. 

Merlin, adossé contre le mur et les bras le long du corps, fixait Gauvain en lui souriant. Leurs visages étaient si près que cette vue en devint presque gênante pour Arthur qui n'aimait pas du tout la manière dont Gauvain se maintenait face au plus jeune. Les doigts sous le menton de Merlin, leurs échanges de regards le troublèrent momentanément et, durant une fraction de seconde, une subite sensation inconnue s'insinua en lui...

Les rayons du soleil lui offraient une autre vision du jeune prince. D'où il était, il voyait le visage de Merlin sous un autre angle. Serein et paisible, il était complètement détendu puis, cet éclat de rire, jeune et cristallin, qu'il entendit par la suite le fit frémir de tout son être. Arthur partit soudainement en sentant qu'il se posait trop de questions pourtant, il se foutait totalement du jeune homme. Pas plus tôt que ce matin, il était dégoûté alors, pourquoi le voir avec ce chevalier l'énervait-il ?

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Plus tard, en frappant à la salle du trône, Merlin qui ouvrit la porte fut frappé par la scène qui se joua devant lui. Arthur embrassait une jeune fille qu'il tenait posséssivement dans ses bras. Le cœur palpitant, il la détailla rapidement : une peau mate, des cheveux bruns et un corps affiné... elle était jolie,... tout pour plaire un homme tel que le jeune Pendragon. Le jeune Emrys aurait voulu être à sa place, il aurait voulu avoir autant d'attention de sa part mais, à cette seconde, il sut que jamais il ne ferait partie de sa vie de cette manière-là. L'estomac retourné, des picotements le prirent lentement au bas de son ventre pour remonter cruellement jusqu'au niveau de sa poitrine...la comprimant d'une terrible douleur...

Sans se laisser démonter devant son ami Gauvain qui assista à ce spectacle, Merlin s'avança avec énormément de conviction et, déterminé à lui rendre la pareille, il planta son regard bleu océan sur celui de son futur-époux. Le silence presqu'insoutenable parut les abandonner quelques minutes dans un lieu où le temps n'avait plus de place. Comme s'ils n'étaient que tous les deux, le corps droit, Merlin chuchota d'un ton si glacial qu'Arthur en tressaillit :

— Je vois que vous êtes occupé sire, permettez-moi de vous donner congé puisque, pour ma part j'ai prévu de passer ma journée avec mon ami... dit-il sans lâcher la tension,... oh, et, ne vous inquiétez pas,... dès ce soir, je ne dormirais plus dans votre lit, ajouta-t-il en comblant l'espace qui le séparait d'Arthur puis en le fusillant de son regard soudainement noir il continua d'une voix moqueuse où la douleur se dissimula derrière son faux-sourire,... je n'aimerais pas empiéter sur vos loisirs nocturnes !

L'un en face de l'autre, séparé d'un pas, Arthur réceptionna le regard sombre de Merlin et, le temps d'une seconde, seulement d'une simple seconde suspendue lui donna la possibilité d'entrevoir la profondeur de l'âme de ce dernier,... il scruta les deux orbes ténébreuses qui passèrent rapidement au bleu azur et dont ils lui rappelèrent ce jour où deux perles avaient glissé sur les joues du bébé qu'il fut autrefois... un regard franc où il y décela toute la fragilité du jeune homme qui lui crachait ouvertement ces mots le laissa pantois. La gorge sèche, rien ne franchit de sa bouche tant il se sentit subitement honteux de s'être fait prendre en pleine faute.

— Bonjour, sire Merlin, coupa la servante qui le reluqua de bas en haut sans cacher une grimace de son dégout.

Le prince d'Albion ne prêta nullement attention aux paroles de la jeune femme et, sans la regarder, il répondit plus calmement :

— Veillez à soulager le prince comme bon cela lui semblera nécessaire, insista-t-il sur le dernier mot.

Il pivota en invitant Gauvain à le suivre et, ensemble, ils quittèrent la pièce en laissant le prince et sa servante seuls, si tel était l'envie de ce crétin de prince !

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Lancelot, au pas de la porte, attendit qu'ils la franchissent pour rejoindre Arthur. D'un geste de la main, il renvoya la servante qui hésita deux secondes puis, s'en alla le pas lourd en risquant tout de même de lui jeter un regard noir. Nul doute que le jeune Emrys fut blessé par le comportement de ce dernier et puis, le jeune Pendragon qui habituellement ne laissait personne lui parler de la sorte fut, pour une fois, muet par de telles paroles. Finalement, Merlin était loin d'être aussi idiot que le pensait Arthur.

— Il faut que vous cessiez de voir les servantes, commença Lancelot en se postant à ses côtés.

— Je ne pense pas t'avoir autorisé à me dicter ma conduite ! s'exclama Arthur en ruminant sa colère.

— Je le fais justement ! reprit plus froidement Lancelot sans oser lui dire qu'il était là la veille et qu'il avait tout entendu,... vous êtes le futur souverain de Camelot et en tant que tel, vous agissez comme le pire des crétins que Camelot ait vu naître ! Auriez-vous souhaité que l'on vous traite comme vous le faite ! Vous vous comportez pitoyablement comme un prince pourri gâté à qui on n'aurait pas cédé aux caprices ! finit-il par dire en l'abandonnant sur place.

Dans le silence, Arthur se retrouva seul avec ses pensées. Cependant, ce dernier qui mit un peu de temps pour réagir à tout ce qui se déroula quelques minutes plus tôt, ne réfléchissait pas la moindre du monde. Il ne s'avouera pas que Merlin avait su le toucher ! Oh, non, c'en était même hors de question ! Comment un gamin pouvait-il lui faire des reproches quand, il n'avait qu'à s'en prendre à leurs parents respectifs pour en être arrivé à cet état de fait ! 

Tout allait bien dans sa vie et elle aurait été encore bien mieux si Merlin était né fille et non, en ce satané bout de garçon sans saveur ! A cet instant Guenièvre pénétra à nouveau dans la salle et, en se retrouvant seule avec le prince, elle s'approcha de lui et, en l'enlaçant par derrière, ce dernier la repoussa violemment.

— Sire ? s'étonna-t-elle de ce geste brusque dont elle n'était pas habituée.

— Laissez-moi seul, lui intima-t-il comme si elle ne représentait plus rien à ses yeux.

— Vous n'allez pas me dire que ce... dit-elle en désignant le vide devant elle, ce gamin...

Elle se tut quand le regard bleu et indéchiffrable du prince se planta durement dans le sien, Arthur lui tonna froidement :

— Il est prince d'Albion et, je vous interdis de parler de lui de la sorte ! Maintenant, dehors !

Arthur avait besoin de solitude. De la fenêtre, il percevait Merlin et son chevalier qui semblèrent être animé par une bonne discussion. Les bras croisés sur le torse, il les regardait s'en aller en direction du terrain d'entrainement. Gauvain venait de passer un bras autour du cou du jeune prince qui se cambra lorsque ce dernier lui brossa les cheveux. Une telle vision ne devrait même pas l'ébranler et pourtant, il ne savait pas pour quelle raison, il avait l'impression qu'on lui volait un dû. Sans réfléchir, il sortit pour les retrouver.

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Gauvain sentait le désarroi du plus jeune et, en patientant qu'il veuille bien lui parler, il marchait à ses côtés. C'était bien la première fois qu'il le voyait aussi froid avec une personne... bon, de temps en temps, il était aussi le seul envers qui Merlin s'autorisait à l'être quand, parfois, il poussait l'entrainement trop loin pour ce dernier. Le prince d'Albion avait du potentiel mais, il n'avait jamais été pour les armes... il préférait de loin la médecine ce qui n'inquiéta guère les parents puisque leur cadet, Mordred, prendrait la relève à Albion.

Le chevalier jeta un coup d'œil en direction de son ami et, en apercevant les poings détendus, il lui souffla de se changer les idées. Le sourire presque forcé lui fit un peu de peine et, en lui brossant les cheveux, il lui murmura qu'il avait bien fait de lui répondre ainsi, après tout, ils allaient se marier dans deux saisons.

— Gauvain arrête ! s'exclama Merlin en tentant de s'écarter de son ami quand soudain, ils entendirent un cri terrifié :

— Attention !

Le jeune Emrys eut juste le temps de pousser son ami qui, par réflexe l'emporta avec lui dans sa chute. Au-dessus du chevalier, le poids du plus jeune ne payait pas de mine mais, le ressentir était une autre paire de manches.

— Merlin,... bafouilla Gauvain qui le regardait avec des yeux ronds et affolés.

Aux mêmes moments des jeunes paysannes qui assistèrent à la scène accoururent en leur hurlant :

— Vous allez bien messires ?

Merlin se releva et, en empoignant son ami, ce dernier qui ne se préoccupa pas des jeunes filles tonna à l'encontre de son prince :

— Ne me refais plus jamais ça !... Ce n'est pas à toi de me protéger ! dit-il en remuant avec frénésie ses mains de chaque côté,... non, mais, qu'est-ce qui t'a pris ! Non d'une choppe ! Tu aurais pu te faire tuer !

— Je n'ai fait que ce qui me passait par la tête ! répondit subitement Merlin, excuse-moi si je n'ai pas réfléchi une seconde !

— Grrr,... marmonna Gauvain en lui donnant une petite tape derrière la tête, tu vas finir par me donner des cheveux blancs avant l'âge, finit-il par dire pour calmer la situation.

Il se tourna ensuite vers l'homme qui avait failli planter Merlin d'un poignard tandis que les jeunes filles s'attardèrent sur le jeune prince d'Albion.

— Bonjour,... dit un homme essoufflé en les rejoignant, je suis désolé, je m'entraine avec un jeune chevalier et,... je dois dire que,...

— Ce n'est rien Sire Léon,... coupa Merlin qui faisait un dernier signe de la main aux paysannes.

— Vous êtes blessé ?... demanda le chevalier de Camelot.

— Non, je n'ai rien sire,... répondit-il puis, en posant une main sur l'épaule de son ami, il ajouta, je vous présente sire Gauvain...

— Enchanté et, encore désolé pour ce tir... souffla Léon qui ne lâchait plus le chevalier de ses yeux noisette,... mais, il me semble que nous nous soyons déjà affrontés lors d'un tournoi, avoua-t-il.

— Tout à fait, répondit aimablement Gauvain qui lui lança son plus beau sourire, et je dois dire que vous vous débrouillez très bien... dit-il,... enfin, de ce que j'avais pu constater la dernière fois,... bafouilla-t-il soudainement les joues empourprées.

Merlin les contempla quelques secondes et, le sourire aux coins des lèvres, il écouta Léon lui proposer de se joindre à eux, un matin pour leur montrer ce que les chevaliers d'Albion savaient faire. Ce fut au milieu de ses rires que le jeune Emrys entendit des voix de jeune fille dire « c'est le prince d'Albion » « On ne dirait pas comme ça mais, il est craquant » « il vient de sauver le chevalier d'un jet de poignard... » « Arthur en a de la chance »... Figé et mal à l'aise d'entendre ces mots qui parlaient de lui si gentiment, il se retint de rougir lorsque, soudain, Gauvain articula :

— Hé, les filles ! dit-il en les entendant subitement glousser en le voyant, regardez comment nous remercions notre sauveur !

Tout de suite après, le chevalier posa ses mains sur les hanches de Merlin et, sans attendre l'aval de son prince, il déposa ses lèvres contre les siennes. Ce dernier, le cœur battant, rougit violemment à ce simple geste dont il savait pertinemment que cela ne signifiait rien mais, oser le faire en public était bien autre chose... Les jeunes filles applaudirent en gloussant « Il a de l'allure le petit prince... » puis, l'une d'elles s'approcha même de Merlin et, les joues aussi rouges que les siennes, elle lui murmura :

— Bienvenu au royaume de Camelot, sire...

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Le jeune Pendragon observait la scène d'assez loin et, à contre cœur, il dut admettre que ce Merlin avait de bons réflexes. Il n'en était pas non plus à souhaiter qu'il lui arrive malheur mais, de voir que ses yeux s'accrochaient continuellement sur le corps du jeune homme, sembla un tantinet rendre le sien nerveux. Il s'arrêta quelques secondes pour respirer l'air frais de cet été puis, en écoutant des rires aigües des filles affolées, il vit le chevalier embrasser le prince d'Albion,... qui toutefois était tout de même SON prince ! Franchement déboussolé, Arthur retourna dans sa chambre en ruminant sa colère. Qu'avait-il contre le jeune homme ? Comment avait-il osé être touché par un autre et ce, devant le peuple ? N'avait-il donc, ne serait-ce, un peu de respect pour son futur époux ?

Merlin passa l'après-midi en compagnie de son ami et de sire Léon qui avait fini son entrainement. Le prince n'était pas dupe, il avait bien observé les regards que les deux chevaliers s'échangeaient entre eux. Gauvain, totalement envouté, accepta de le mettre au défi le lendemain matin au combat. Pendant ce temps, Merlin sourit en apercevant sa marraine Cassie, anciennement sa gouvernante, qui vint à leur hauteur.

— Mère, commença Gauvain, je vous présent sire Léon, chevalier de Camelot.

— Enchanté jeune homme, appelez-moi Cassie, souffla-t-elle en lui rendant un sourire aimable. 

Léon, intimidé de rencontrer si rapidement la mère du jeune chevalier, hocha de la tête puis, il resta avec Gauvain tandis que cette dernière prit Merlin en aparté. Ils discutèrent cordialement et, malgré qu'elle sentait que le jeune prince ne lui parlerait pas d'Arthur, elle resta avec lui pour discuter un peu de ses parents et de son jeune frère. Durant toute la conversation, elle commençait à douter de son don : avait-elle pu contrer la malédiction ? Pourra-t-il être aimé d'Arthur ? Elle soupira lorsque, le soir, elle le regarda rejoindre la salle à manger puis, en voulant retrouver son fils, elle préféra le laisser seul avec son nouvel ami pour aller papoter un peu avec son ancien ami : Gaius, médecin de la cour.

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A table, Merlin était face au jeune prince de Camelot. Le silence régnait depuis plusieurs minutes quand enfin, Arthur brisa l'atmosphère lourde de tension.

— Je vous ai vu tout à l'heure au terrain d'entrainement...

Le prince d'Albion releva son regard océan sur son interlocuteur et lui répondit d'une voix neutre :

— Dans ce cas, sire, il ne fallait pas vous gêner pour vous joindre à nous, dit-il sans lâcher de ses yeux Arthur,... vous auriez pu vous amuser avec nous...

— A vous entendre, embrasser votre chevalier paraissait surement plus attrayant devant le peuple, grinça-t-il entre ses dents serrées.

— Au moins, je ne le fais surement pas en me cachant, répondit vivement Merlin qui rajouta,... sachez que tout cela devra cesser lorsque nous serons mariés.

Le visage impassible, Arthur crut manquer une respiration devant ces mots :

— Vous comptez toujours sur ce mariage ?

— Oui ? fit mine d'être contrarié Merlin avec un sourire dont il ne connaissait pas, un engagement que j'ai promis à mes parents de respecter...

Bien qu'il déclara cela sans aucune intonation chaleureuse, ses mains sous la table tremblèrent avec nervosité et, le cœur battant, il ne pouvait s'empêcher de continuer à l'aimer... 

— Pourtant, il me semble que... commença le jeune prince avant de se taire.

Arthur ne sut pour quelle raison mais, il s'abstint de lui dire qu'il pouvait se rétracter devant la cour royale de ses parents.

— Bref, le roi Uther a demandé à ce vous dormiez dans ma chambre donc,...

— Non ! coupa froidement Merlin qui le fit tressaillir nerveusement, peu importe la relation que vous entreteniez avec cette servante mais, je ne peux continuer à dormir dans un lit où vous auriez pu coucher avec elle !

— Je,... répondit Arthur indigné par une telle accusation, je n'ai rien fait avec qui conque dans un lit et encore moins dans le mien ! s'exclama-t-il, alors, tout cela est réglé !

Merlin le défia de son regard orageux et, comme si toute sa réplique semblait lui paraitre mensongère, il insista :

— Peu importe sire ! J'ai prévu de prendre la chambre à côté de la vôtre... dit-il en se levant, si vous permettez, vous venez de me couper l'appétit... dit-il en jetant sa serviette sur la table.

— Merlin ! tonna Arthur en le voyant une main posée sur la poignée de la porte.

L'interpellé ne se retourna pas pour autant. Il patienta quelques secondes pour laisser Arthur lui dire ce qu'il avait à proposer comme autre solution et, au fond de lui, il espérait qu'il s'excuse mais, rien ne vint troubler ce silence. Lorsque le jeune Pendragon se retrouva seul devant son assiette, il ne savait plus comment réagir. Le plus jeune devenait un poison qui envahissait chaque parcelle de sa peau et, en se levant, il partit en direction de sa chambre. En marchand dans les couloirs, il écouta deux éclats de rire et, en reconnaissant celui de son chevalier, il voulut partir discuter un peu avec lui de sa journée.

A quelques pas de la porte de ce dernier, il aperçut Léon qui tenait le jeune chevalier Gauvain par la taille. La scène, bien qu'étrange, le fit légèrement sourire. Il y avait dans le regard de son ami une lueur étincelante et, caché par l'angle du couloir, il apprécia l'attitude de Léon qui était bien loin d'un noble bourru et brusque. Arthur avait toujours imaginé qu'un couple d'hommes serait froid et plein de gestes brutaux... mais, devant lui, il n'y avait rien de tout cela, juste un homme qui en aimait un autre... Le pire était que cela ne le dégouttait pas. Il avait toujours su pour son ami et, avec regret, il s'en voulut d'avoir été stupide avec Merlin. Loin de se faire à l'idée de vivre le restant de sa vie avec ce dernier, il se rendit seulement compte que le jeune homme ne méritait pas qu'il le traite comme il avait osé le faire.

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Merlin tourna au bout d'un couloir lorsqu'il aperçut Arthur de l'autre côté. Tous les deux marchaient l'un en face de l'autre et, sans aucun regard supplémentaire, ils pénétrèrent chacun dans leur suite. Le prince d'Albion savait très bien qui il irait retrouver cette nuit et, tristement, il s'endormit en tentant de penser à une autre personne mais, le cœur avait des raisons de croire que ce prince arrogant était fait pour lui. Les paupières lourdes, il roula jusqu'au côté droit du matelas en rêvassant continuellement de son prince, là où, Arthur avait seulement une place importante parce que dans la triste réalité, il savait qu'il n'en aura jamais autant à ses yeux.

Arthur, allongé sur son lit, sembla perdu au milieu des draps qui lui parurent subitement trop larges pour une seule personne.. La tête enfouie dans l'oreiller où traînait encore le parfum fleuri de ce dernier, il repensa à ses paroles. Il se mordit la lèvre en sachant très bien que son futur époux l'avait surpris la nuit dernière. Il n'était pas un homme tendre et, d'ailleurs, il ne l'a jamais été avec qui conque... Les yeux fermés et le corps baigné de cette douce senteur, inconsciemment, Arthur recherchait la chaleur qui l'avait enveloppé la nuit précédente.

Au milieu de la nuit, Guenièvre guettait l'arrivée de son prince mais, à sa grande surprise, elle tomba sur le chevalier Lancelot. Ce dernier, le regard noir, la toisa durement et lui souffla de bien vouloir laisser le prince Arthur à l'écart de ses manigances.

— Qui êtes-vous pour me dire qui je dois voir ?

— Vous n'êtes qu'une servante ! Rien d'autre ! dit-il en haussant le ton, cessez de l'importuner, vous ne lui êtes d'aucune utilité !

— Arthur m'aime ! tenta-t-elle de hurler à travers la main du chevalier qu'il posa sur sa bouche.

— Non, il ne vous a jamais aimé,... commencez par vous mettre cela dans la tête, dit-il en la relâchant.

La servante, folle de rage par cette réplique, lui répondit d'une voix remplie d'une haine non contenue :

— En tout cas, le prince d'Albion ne l'aura jamais ! dit-elle en s'éloignant du chevalier puis elle finit par ajouter, soyez-en sûr, j'y veillerais !



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