Chapitre 1 / Une seule journée...


Les années défilèrent au rythme des saisons. Les rires d'Arthur et de Merlin s'entremêlèrent au gré du vent qui les emporta au fil du temps. Leurs souvenirs d'enfance joyeuse avaient longtemps laissé place à leur devoir respectif.

Le jeune Pendragon était devenu un charmant jeune homme de vingt-six ans. Il était le prince que toutes les jeunes filles tentaient de convoiter mais, respectueux des engagements que ses parents avaient envers la famille Emrys, il n'allait jamais au-delà qu'à des attouchements physiques, même si les jeunes filles étaient pour lui une terrible tentation.

Frustré de devoir attendre que le jeune Merlin atteigne ses dix-huit ans, il était encore moins ravi de s'imaginer un instant de le toucher. Depuis le jour où, il sut que SA promise serait un garçon, il avait dès lors haï Merlin. D'ailleurs, lorsque les filles lui demandaient ce qu'il en pensait, il répondait toujours qu'une fois marié, rien ne l'empêcherait d'avoir des maitresses mais, pour honorer les deux familles, il se devait d'être vierge.

Cet été, une saison avant les dix-huit ans de son futur et jeune époux, ce dernier ne tardait pas à arriver au château du roi Uther. Dans la salle du trône, Arthur se tenait en réunion avec ses parents.

— Il est dit que c'est devenu un jeune homme fort intelligent et cultivé, commença sa mère en le contemplant avec un grand sourire.

— Devrais-je donc m'inquiéter pour ma santé mentale, mère ? demanda-t-il froidement, je ne voudrais pas m'encombrer d'un époux qui passerait son temps à développer d'étranges théories plus folles les unes que les autres, finit-il par grommeler.

Il n'avait jamais caché à ses parents la colère de cet arrangement et, en homme responsable qu'il était devenu, il avait cédé lorsque son père lui expliqua que le mariage n'aurait jamais lieu si et seulement si, le jeune Emrys venait à faire part de son refus devant la cours royale. Arthur avait donc l'infime espoir que son futur ex-époux rejette cette alliance sans pour autant compromettre la paix entre leurs deux royaumes.

— Mon fils, répondit le roi, je souhaiterais que tu veilles sur lui et que tu le guides comme bon lui semble dans le château...

— Mais,... grogna le prince en roulant de ses yeux bleu, ne pouvons-nous pas lui laisser un serviteur et...

— Arthur ! tonna subitement Uther devant l'insolence de son fils, tant que le jeune Merlin sera entre ses murs, tu seras toujours avec lui et vous dormirez ensemble !

— Comment ? s'offusqua le jeune Pendragon, vous ne pouvez pas me faire cela, père !

Tout le monde se tut lorsque la porte s'ouvrit sur un serviteur :

— Sire, le jeune prince Emrys est arrivé.

— Bien, répondit le roi en invitant sa reine à prendre sa place sur le trône, faites-le entrer...

Contrairement à Arthur, Merlin avait grandi en admirant intérieurement son futur époux. Toutes les personnes qu'il avait croisées lui racontaient combien il était devenu un homme charmant et respectueux. Il n'avait jamais osé demander un tableau qui l'illustrerait parce qu'il désirait que sa première rencontre soit des plus idylliques. Depuis qu'il approchait de sa majorité, il essayait de se l'imaginer : un homme qui aurait beaucoup d'attention pour sa personne,... un homme dont il lui offrirait tout l'amour qu'il avait conservé au fond de son cœur.

Quand sa mère lui avait annoncé, très jeune qu'il deviendrait le promis d'un autre homme, à leur grand bonheur, à aucun moment le jeune Emrys n'avait été dégouté. Il trouvait cela amusant au début puis, en murissant, il prit la chose très sérieusement et, de son caractère innocent, il finit par idéaliser Arthur. De plus, son meilleur ami, lui expliquait qu'il n'y avait rien de déroutant à aimer un homme. Peu importe le sexe, le cœur ne choisissait jamais pour quelle personne il allait battre. Mais, le sien battrait-il pour son promis ?

Ce fut le cœur battant qu'il quitta son royaume pour rejoindre, durant une semaine, le royaume d'Uther Pendragon. Il quittait ses lacs azurs, entourés d'herbes verdoyantes, pour retrouver des terres forestières où, parait-il que l'hiver serait une des périodes les plus légendaires tant, la beauté serait époustouflante. Un paysage aussi stupéfiant que ses lacs gelés. Lorsqu'il pénétra enfin dans l'enceinte de la cour, le sourire aux lèvres, il ne put s'empêcher d'admirer chaque endroit dont son regard se posait quelques secondes. Aussi grand que son château, il aimait déjà ces lieux où la joie des habitants se reflétait facilement sur leur visage.

En entrant dans la grande salle, le souffle coupé, il aperçut son futur époux. Immobile, au centre de la pièce, la beauté du jeune Pendragon égalait encore plus ses espérances. Des cheveux d'or, courts, bien peignés qui, en jouant avec les rayons du soleil, embellissait le visage mûr du prince. Une carrure imposante qui ne cachait nullement un corps ferme et bien entretenu. Le jeune Emrys le trouvait totalement sublime, radieux et... attirant. Perdu dans sa contemplation, son coeur venait irrémédiablement de lui donner la réponse qu'il avait tellement attendue : il l'aimait. Merlin rougit légèrement en réalisant qu'il n'avait pas consciencieusement salué le roi et la reine. Il passa à regret son regard sur ces derniers en inclinant son buste.

— Mes majestés, souffla-t-il en relevant la tête.

Avant d'écouter son père, le jeune Pendragon prit le temps de le détailler. Des cheveux bruns tombant jusqu'aux épaules, une frange indisciplinée,... une allure chétive, il se demandait comment il pouvait se tenir sur ses jambes. Merlin était tout de même prince et, à ce titre, Arthur ne comprenait pas du tout sa fine carrure qui était si loin de représenter un homme de son rang ou, du moins du royaume d'Albion.

En continuant son inspection, il sentit ce même dégout qui lui tordait tout le temps l'estomac rien qu'en pensant à ce stupide mariage et, en croisant le regard bleu et pétillant de Merlin, il crut manquer une respiration. Son regard n'avait pas changé... un bleu océan qui se confondait avec le ciel azur de l'été... des yeux qu'il s'était pourtant juré d'effacer de sa mémoire. En serrant des dents, cela ne changeait en rien ses plans : faire battre en retraite le jeune Emrys.

— Bonjour, Merlin, commença Uther en le regardant gentiment puis, en tournant son visage sur le prince héritier de Camelot, il ajouta, je te présente Arthur...

En entendant son prénom, ce dernier s'avança devant le jeune Merlin. Plus grand que leur invité, il posa son regard indéchiffrable sur le plus jeune et, le visage impassible, il s'inclina en lui chuchotant d'un ton distant :

— Merlin,... enchanté de faire votre connaissance.

— Arthur, souffla le jeune Emrys d'une voix enjouée et ravie, je suis enchanté de pouvoir enfin vous rencontrer...

— Bien, reprit le roi puis, en levant une main en direction de son fils, montre-lui vos appartements et, maintenant jeunes gens, nous allons vous laisser quelque temps seuls à seuls, dit-il en recevant un regard sombre d'Arthur,... ma reine et moi partons en séjour au royaume de Balinor...

***

Les rois avaient souhaité que les futurs époux fassent plus ample connaissance sans leur présence. Bien qu'ils connaissaient tous la réponse du jeune Pendragon, le couple royale d'Albion espérait que leur fils saurait transpercer la carapace d'Arthur et, ainsi lui prendre son cœur. Le jeune Emrys qui n'avait de cesse d'avoir le nom d'Arthur aux bouts des lèvres depuis sa tendre enfance était déjà amoureux de cet homme et, Hunit qui connaissait très bien la profonde bonté de son fils craignait qu'il ne se laisse mourir de chagrin si Arthur restait réfractaire à ce mariage.

En poussant la porte de sa chambre, Arthur se sentit pris au piège en se retrouvant seul avec ce gamin comme il aimait se le dire. Le visage encore adolescent du jeune héritier d'Albion lui donnait presqu'envie de fuir ses responsabilité mais, il était un homme fière et en tant que tel, il savait tenir ses obligations. Il n'eut pas le temps d'approfondir ses pensées qu'il fut coupé par la voix qu'il détestait déjà entendre de Merlin :

— Votre chambre est magnifique, Arthur,...

Le jeune Pendragon le suivit du regard. Le jeune Emrys marchait à travers toute la pièce, spacieuse et bien agencée puis, en revenant à sa hauteur, Arthur, perturbé par ses deux orbes éclatants, il l'écouta à nouveau à s'exclamer :

— Vous ne pouvez pas savoir comme j'avais hâte de vous voir,... les gens ne tarissent pas d'éloges à votre sujet,... vous êtes un bon chevalier, fort et juste,... vous êtes aussi brave et vaillant que ceux qui ont prêté allégeance à vos parents et,...

A peine quelques minutes en sa compagnie et, déjà son jeune invité l'irritait. Le fait de s'apercevoir qu'il en savait beaucoup sur sa personne l'effraya quelques secondes puis, en y réfléchissant, Arthur s'en foutait royalement puisque de toute façon, il ne comptait pas plus se lier avec lui.

— Respirez ! S'il vous plait ! coupa froidement le jeune Pendragon en levant une main.

Merlin, le cœur battant, se sentit soudainement honteux de son comportement enfantin. Aucun des deux ne se connaissait et, il agissait comme s'il avait grandi avec lui. Les joues légèrement rosi, il ne prêta pas attention au ton employé de son hôte et lui répondit calmement :

— Veuillez m'excuser, Arthur,...

Le jeune Emrys était tellement excité à l'idée de passer du temps avec le prince qui s'était emparé de ses songes, que rien ne semblait troubler sa joie de vivre,... de vivre en présence de celui qui faisait battre son cœur depuis son jeune âge. A cette pensée, il sourit bêtement au prince de Camelot.

— Vous dormirez du côté droit du lit, lui dit ce dernier en indiquant l'emplacement.

Devant le silence de son invité, le jeune Pendragon ajouta d'une voix sarcastique :

— Si cela vous déplaît, nous pouvons toujours faire venir un second lit, ainsi nous aurons chacun notre côté droit.

Le ton sec et distant ne donna aucune réaction de la part du plus jeune qui continuait à lui sourire naïvement. Les gens lui disaient que le prince Arthur taquinait souvent les personnes qu'il appréciait et, pour Merlin, sa moquerie passa plus pour une boutade amicale qu'à une attaque. S'ils allaient se marier, le jeune Emrys pensait dure comme le roc que le jeune Pendragon l'aimait... et, que vu leur différence d'âge, il devait surement dissimuler cet amour derrière une coquille de futur souverain.

— Le côté gauche m'ira tout aussi bien, Arthur, répondit-il en riant doucement.

Le maître du lieu, dépité, se demandait s'il n'était pas plus idiot qu'il n'y paraissait. Ne comprenait-il pas qu'il essayait de lui faire comprendre qu'il n'était pas le bienvenu ?

Ils passèrent la journée à visiter le château et, au grand désarroi du prince de Camelot, il aurait préféré s'amuser avec les servantes qui ne cessaient de lui faire des yeux de chat de botté ou, de s’entraîner avec ses chevaliers qui savaient rire avec lui. Au lieu de cela, il devait supporter Merlin durant sept jours et ce, jusqu'au retour de ses parents. Arthur ne faisait aucun effort pour le connaitre et, il ne comptait pas du tout s'y mettre. Il lui était hors de question d'épouser ce gamin qui n'avait même pas l'étoffe d'un chevalier.

De temps en temps, l’aîné jetait un œil sur Merlin qui paraissait s'enthousiasmer de le suivre. Il n'aimait pas du tout son sourire et, ce regard qui semblait pétiller devant tout et n'importe quoi l'énervait grandement. Comment pouvait-il accepter ce gamin en tant qu'époux ? A ses yeux, il n'avait rien d'attirant, d'ailleurs, que pourrait-il trouver de beau chez un homme ?

***

En fin d'après-midi, lorsqu'ils passèrent à côté du camp d'entrainement, Arthur eut une envie soudaine de voir ce que valait le jeune Emrys.

— Sire ! s'écria un homme en venant à leur rencontre, vous joindriez-vous à nous, quelques minutes ?

Léon, à peine plus âgé que lui, était l'un de ses meilleurs chevaliers. Les cheveux bruns et mi-long, il se passa une main sur sa petite barbe de plusieurs jours et, attendit la réponse du prince. Il avait grandi avec Arthur et le considérait avec beaucoup de respect.

— Pourquoi pas sire Léon, répondit-il en souriant de toutes ses dents avant de se retourner sur son invité, cela ne vous dérangerait pas de me faire l'honneur d'être mon opposant ?

Merlin, le corps tremblant à cette idée, hocha piteusement de la tête. Bien qu'il n'appréciait guère ce genre de combat, il savait qu'Arthur était un homme de terrain et, pour éviter de le vexer, il accepta. Cette situation ne pourrait que mieux les rapprocher se disait-il. Il n'avait jamais été doué dans cet art et, malgré son rang, il savait seulement se défendre mais, il n'attaquait jamais.

Quelques minutes plus tard, un certain Lancelot lui donna un bouclier et une épée. Merlin le remercia en croisant le regard noisette de ce chevalier qui paraissait plus jeune que le prince de Camelot. Lorsque tous les deux furent équipés, l'un en face de l'autre, Arthur commença par de légers coups.

Devant les regards des chevaliers, Merlin qui avait une confiance aveugle en son futur époux para facilement les premières attaques. Il admira même ses gestes fluides et fermes puis, subitement, les coups devinrent plus durs à esquiver et plus lourds à encaisser. Son bouclier qui vibrait contre son bras lui parut soudainement pesant et, en ne souhaitant nullement montrer sa faiblesse, il se retint d'éprouver la peur subite de recevoir un coup qui pourrait accidentellement le blessé. Non, Merlin avait foi en son adversaire.

Léon et Lancelot qui les contemplèrent depuis le début s'échangèrent un regard qui en disait bien long sur le comportement du jeune prince Arthur. De leurs positions, ils comprenaient aisément que le jeune Emrys n'était pas fait pour le corps à corps et, ils admettaient qu'il était courageux d'avoir donné son aval. Cependant, les gestes brutaux du jeune Pendragon allaient bien au-delà des limites que les chevaliers imposaient habituellement aux invités, même le fils d'un noble ne recevait pas de tels coups violents. Ce fut pitoyablement qu'ils regardèrent Merlin reculer à chaque mouvement d'Arthur.

Avec justesse, Lancelot, le cœur battant, s'aperçut assez rapidement que Merlin commençait à faiblir et, en voyant l'épée d'Arthur haute et prête à s'abattre une énième fois sur le bouclier que le jeune Emrys venait de faire glisser à terre, il s'y interposa. Dans l'élan de cet acte, Merlin vit la lame du jeune Pendragon s'abaisser rapidement et, comme si le temps ralentissait, il ferma instinctivement les yeux avant d'entendre le tintement bruyant de métaux s'entrechoquer.

— Sire ! grinça le chevalier Lancelot, je crois qu'il a compris que vous étiez une personne sur qui il pourrait compter, dit-il en plantant un regard lourd de tension dans celui de son interlocuteur puis, d'un geste rageur, Arthur jeta les armes au sol sans lui répondre.

Léon qui le suivit l'interpella loin des autres et lui demanda :

— Sire ? Que vous arrive-t-il ? dit-il en se positionnant devant lui en croisant des bras.

— Rien, répondit froidement Arthur dont le souffle se saccadait.

— Pas de ça avec moi ! Vous pouvez parler de cette façon à qui vous le désirez mais, jamais en ma présence, reprit-il avec plus de fermeté.

— Non, mais, tu ne l'as pas bien regardé ? grinça-t-il à l'oreille de son ami.

— Peu importe, sire, dit-il en reculant son visage, il est votre futur époux et, malgré les apparences, il ne vous a rien fait pour mériter un tel traitement, ajouta-t-il d'un regard perçant.

Devant ces mots si durement dits, le jeune Pendragon pivota en l'écoutant lui souffler :

— Apprenez à le connaitre avant de le juger...

***

Pendant ce temps, Merlin dont le corps tremblotait encore d'une peur inconnue rendit les armes au chevalier Lancelot. Ce dernier le détailla et, tristement, il sut qu'à la lueur des prunelles du jeune prince Emrys qu'il était déjà épris d'Arthur. Le visage candide et souriant de Merlin ne passait pas inaperçu. Le coeur serré, le chevalier n'eut pas le courage de discuter avec lui et, en avalant sa salive avec difficulté, il craignait que le prince de Camelot ne lui en fasse voir de toutes les couleurs. Tout le monde était au courant de ses sentiments pour ce jeune homme et, malheureusement, l'innocence de Merlin allait être mise à rude épreuve. Cependant, il comptait bien veiller à ce qu'Arthur se tienne tranquille avec lui. Ce spectacle n'était qu'un aperçu de ce que Merlin allait devoir supporter et, le regard bleu de ce dernier, montrait une telle douceur qu'il n'avait pas le cœur de lui briser son rêve.

— Sire, dit finalement Lancelot en prenant les objets que lui tendit le prince d'Albion, ne faites pas attention à son comportement, il peut paraître froid mais, lorsque vous apprendrez à le connaitre, j'espère que vous saurez voir qui il est... finit-il par lui dire.

Merlin, épuisé, lui rendit un sourire plein de remerciement en hochant de la tête. Bien sûr qu'il souhaitait le connaitre encore plus et, le cœur palpitant, il saurait patienter et profiter de ses moments avec lui.

Le soir, en tenue de nuit, Arthur appréhendait de dormir avec lui tandis que Merlin s'impatientait. En s'allongeant mutuellement dans le lit, le jeune Emrys se tourna vers son prince et, le sourire plaqué sur ses lèvres, il lui murmura :

— Je vous remercie pour cette journée, Arthur...

Le jeune Pendragon hurlait intérieurement de rage. Voir ce satané sourire sur son visage le força à marmonner d'un ton glacial :

— Si vous avez adoré cette journée, j'espère que les suivantes vous plairont toute autant,...

Arthur entendit un léger éclat de rire suivi d'un « bonne nuit » qui résonna à travers la pièce. 

Merlin était aux anges. Il avait apprécié cette première journée et, même si son combat avec Arthur fut court, il avait l'intime conviction qu'ils étaient faits pour être ensemble. Il aurait voulu le regarder s'endormir mais, il ne voulait pas être impoli et puis, son corps trop courbaturé l'obligea à fermer les yeux.

***

Au milieu de la nuit, le jeune Pendragon, énervé de voir que ce stupide Merlin n'était qu'un simple idiot, décida de quitter son lit pour retrouver son amie qui devait surement l'attendre à l'autre bout du couloir. En apercevant Guenièvre qui fut son seul rayon de soleil de cette journée, elle sembla enfin égayer sa nuit... Il l'attira dans un coin sombre et, avec brutalité, il se jeta sur elle en lui murmurant de le soulager... Il n'avait aucune envie de parler, il voulait seulement caresser la peau douce de la jeune servante, déposer ses lèvres contre les siennes et de pouvoir sentir son corps se relaxer... mais, cette dernière lui proposa de le détendre pendant qu'il lui raconterait ses impressions sur le jeune prince d'Albion. 

Cela lui parut un bon échange de procédé, alors, en s'adossant contre un mur, il la regarda s'agenouiller en lui baissant son bas. Arthur sentait son entrejambe se durcir au contact des mains de la jeune femme et, pantelant de bien-être, il se mit à lui répondre entre ses gémissements de plaisir :

— Tu peux être certaine d'une chose,... je ne risquerais jamais de faire quoi que ce soit avec son corps,... souffla-t-il en posant ses doigts dans la chevelure brune de la jeune fille qui prit entre ses lèvres le membre gonflé du prince.

Lorsqu'elle s'arrêta quelques secondes, il grogna avant de reprendre son récit entre ses respirations saccadées :

— Il a un corps dépourvu de forme,... il est si maigre que,... si je le touche,... il pourrait se briser en deux,... et son sourire,... il est si pitoyable,... si stupide et idiot,... il ne se rend même pas,... compte que je le déteste,...

Arthur, haletant et le souffle court, se sentit soudainement venir et, des mains expertes de sa servante, un gémissement étouffé de jouissance résonna légèrement dans le couloir vide de monde... Essoufflé et le corps apaisé, il releva la jeune femme qui s'essuya la bouche avant de l'embrasser agressivement... rien n'était tendre et, pour le jeune Pendragon, ce n'était que du sexe platonique et, il aimait ça... surtout avec elle... alors, comment un gamin pourrait-il lui donner autant de plaisir qu'une femme ?

Ce qu'Arthur ne savait pas, c'était que Merlin s'était réveillé en sentant le vide à ses côtés. Ce dernier attendit plusieurs minutes avant de se décider de partir à sa recherche et, ce fut le cœur palpitant qu'il entendit la voix de son futur époux.

« Un corps dépourvu de forme » « il est si maigre » « il pourrait se briser en deux » « son sourire » « il est si pitoyable » « si stupide et idiot » « je le déteste »...

Chaque mot le déchira en le poignardant lentement et profondément. Les mains tremblotantes sur la bouche, il retint durement les perles de déceptions au bord des yeux et, le coup fatal fut d'entendre l'écho de cette voix qu'il avait chéri toute la journée en train de gémir de plaisir... Le corps tremblant, il écouta ensuite, comme une terrible traîtrise, le souffle étouffé de son cri de la jouissance...

Merlin en avait assez entendu et, de ses pas fébriles, il retourna dans le lit en tentant de calmer ses tremblements. Dans sa tête, il se repassa chaque moment de sa journée et, le regard rempli de larmes, il finit par réaliser qu'Arthur avait vraiment voulu être froid avec lui... Le jeune Pendragon avait surement raison de dire qu'il était idiot, après tout, Merlin avait cru qu'il le malmenait parce qu'il l'aimait... Or, tout cela n'était qu'à prendre au premier degré. Sur cette bouleversante vérité, il s'endormit bien au bord du lit, ainsi, Arthur n'aurait aucun risque à ce qu'il le touche...

A cet instant, deux personnes venaient de passer les portes du château. Accueillis agréablement, ils prirent place dans chacune de leur chambres d'invité qui était accolée. Cassie, devenue au fil du temps la guérisseuse officielle du royaume d'Albion et, la marraine de ce futur souverain, porta une main sur son cœur et, en contemplant son fils, Gauvain, qui n'était autre que le chevalier et meilleur ami de Merlin, elle lui murmura :

— Gauvain, veille bien sur lui,... dit-elle en posant une main sur les cheveux châtains de ce dernier, il aura besoin de ton soutien...

Cassie ferma quelques secondes ses yeux et, le corps frissonnant, elle fixa une nouvelle fois le jeune chevalier :

— N'interfère jamais entre eux,... conseilles et parles-lui comme tu sais si bien le faire avec lui...




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